Capture d'écran / Télé-Québec L'Arène

Le problème avec les productions web au Québec, trop souvent, c’est l’imitation paresseuse d’un modèle peaufiné par la télévision au fil des ans.

En quête de clics, de visibilités et de reach, les diffuseurs s’acharnent à mettre de l’avant des véhicules à vedettes, comme En audition avec Simon récemment, où ils s’attachent très rapidement à de nombreux projets avec des humoristes émergents qui rayonnent sur le web avec l’espoir de promouvoir leurs plateformes numériques par leur visibilité.

Au mieux, ça fonctionne marginalement et c’est comparé défavorablement aux succès d’antan de la télé. Au pire, c’est une pâle copie de ce qu’on a vu et revu et une bête carte de visite désinvestie pour vendre des billets, des livres ou autres choses.

Cela dit, il y a une talle de productions web au Québec très pertinente et qui reçoit, à mon avis, trop peu d’attention. En voici un exemple.

L’ARÈNE, en nomination à Cannes cette année dans la catégorie Meilleure série digitale des Canneséries, met en vedette Marjorie Armstrong dans le rôle de Fred, une mère monoparentale qui jongle avec les chamboulements d’une rupture récente et la présence approximative d’un ex particulièrement adulescent. Elle signe aussi les textes de la série dans un partenariat numérique avec les Fonds indépendants de production (FIP), Télé-Québec et Urbania.

Le projet, décliné en six épisodes de moins de dix minutes, raconte le désir de Fred d’aller affronter son ex sur son champ de bataille après une boutade de trop sur les médias sociaux : le rap battle.

On plonge donc dans cet univers duquel Fred ne connaît que peu de choses, à part la coquille vide alimentée par le père de son enfant. Avec l’aide de son ami Jay, le surprenant Erich Etienne, ou Preach, dans un rôle dramatique loin de son personnage de scène, Fred devra apprendre les rudiments d’un langage étranger afin de s’affranchir après l’affront de son ex.

À première vue, on pourrait penser que L’ARÈNE est une bonne idée de courte capsule sans grandes ambitions dramatiques. Après tout, le rap battle n’est pas un sujet conventionnel et les équivalents dans nos productions sont à peu près inexistants. Par contre, le sujet devient vite un prétexte, une toile de fond. Le cœur et l’âme de L’ARÈNE, dans mon œil de néophyte de la scène du rap battle, ce sont les combats quotidiens d’une mère monoparentale qui doit scinder son existence en deux pôles distincts : la mère et la femme.

La réalisation de cette distance entre les deux offre à la Fred de Marjorie Armstrong une dimension très intéressante et L’ARÈNE, dans la foulée, devient une courte incursion très intéressante dans l’évolution de nos relations familiales à l’ère des médias sociaux.

Il y a aussi cette dichotomie évidente entre la vie projetée et celle vécue dans l’intimité et le rap battle, dans cette optique, est une loupe déformante des frontières de plus en plus floues entre le réel et le perçu en raison des médias sociaux.

Bref, quand on parle de productions web et de l’avenir de la fiction, je préfère qu’on parle d’une série comme L’ARÈNE plutôt que de faire des conférences de presse pour un Véro.tv, par exemple. Sans souhaiter la disparition d’un au profit de l’autre, prioriser le contenu et les nouvelles voix serait, à mon avis, une stratégie plus payante à long terme.

Parce que pour rayonner sur le web, il faut forcément parler aux utilisateurs du web – les jeunes. Rarement dans l’histoire l’écart générationnel n’a été plus flagrant qu’aujourd’hui et malgré toutes les tentatives des diffuseurs, un humoriste dans la cinquantaine ne sera jamais le sauveur de la télé traditionnelle en ralliant un nouveau public pour les années à venir.

Le combat de L’ARÈNE est donc double et se manifeste autant dans un rap battle que sur l’espace médiatique au Québec et, croyez-moi, les armes ne sont pas égales.

Allez voir ça sur le site de Télé-Québec.

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