ICI Radio-Canada Dimitri Gourdin, Dany Meloul, Michel Bissonnette, Claude Joli-Cœur et Marie-Philippe Bouchard

Mardi, dans l’ombre de l’annonce de la transition de La Presse vers un OBNL, plusieurs de nos diffuseurs avaient une annonce importante à nous faire pour l’avenir de la télévision numérique au Québec.

En effet, Radio-Canada, Groupe V Média (V), Bell Média (Canal Vie, Canal D, Z et VRAK), TV5 Québec Canada (TV5 et Unis TV) et l’Office national du film du Canada (ONF) se sont unis sous la bannière ICI Tou.tv afin de bonifier l’offre de la plateforme et ainsi offrir une alternative concurrentielle à Netflix pour les téléspectateurs québécois.

Premièrement, il faut souligner la bonne nouvelle. C’est très encourageant de voir certains de nos diffuseurs trouver un terrain d’entente afin d’ultimement faire rayonner nos productions. C’est quand même rare et, pour une fois, on rame dans la même direction. Combattre Netflix reste une lutte à armes inégales, mais au moins, il y a une certaine résistance qui pourrait convaincre une portion de l’auditoire de ne pas se tourner vers Netflix. Sinon, cette union servira au moins l’usager 100% francophone qui souhaite se détacher du câble «normal» et de la télévision traditionnelle.

Sur ce point, chapeau à tout le monde.

Maintenant, on peut observer l’offre initiale de cette entente et quand même y voir une certaine réticence au numérique. Les diffuseurs traditionnels se mouillent, oui, mais du bout des orteils seulement.

Je m’explique.

La force de Netflix depuis quelques années, ce sont les productions originales. Oui, on peut plonger et revoir Friends et How I Met your Mother, par exemple, mais la publicité et les abonnements s’articulent autour des gros canons comme House of Cards et Stranger Things. Le reste du catalogue, c’est du sucre pour de la rétention d’abonnement. Les gens qui déboursent une dizaine de dollars par mois veulent en avoir pour leur argent. Garder les gens abonnés entre deux saisons de Stranger Things, c’est le défi de Netflix et jusqu’ici, les choses vont drôlement bien.

L’annonce du partenariat sous la bannière de Tou.tv, pour l’instant, c’est l’offre complémentaire qui pourrait garder les gens abonnés plus longtemps. Mais il n’y a toujours pas de locomotive à la tête du train. Une production originale pour le web et non dévoilée sur le web quelques mois avant la télé, c’est ce qu’on espère encore.

Dans sa forme actuelle, la télé numérique est le parent pauvre de la télé traditionnelle au Québec et, malgré la volonté d’élargir leurs horizons un peu, les diffuseurs préconisent encore et toujours la télé traditionnelle en raison des revenus publicitaires. Le web ne renfloue pas les coffres; alors, il passe en deuxième.

Encore et toujours, même si tout pointe vers un changement drastique de la logique sous peu.

Ainsi, on offre des séries différentes sur Tou.tv, mais des séries qui ont déjà été diffusées et rediffusées à la télé. Par exemple, les deux premières saisons du Chalet de Vrak datent de plusieurs années déjà, nous en sommes à la saison 4 à la télé. Même chose pour Design VIP, de Canal Vie, qui prête sa saison 3 à Tou.tv alors qu’on diffuse les saisons 7 ou 8 à la télé présentement. Même son de cloche chez V, qui ne prête pas ses gros canons comme Un souper presque parfait.

C’est donc une belle annonce, une belle opération de relations publiques, mais dans le concret, c’est encore une initiative très approximative et on ne peut pas espérer réellement faire concurrence au géant Netflix.

Cela dit, la porte est ouverte pour de belles choses et juste ça, c’est déjà beaucoup plus qu’on aurait osé l’imaginer.

Sauf qu’ouvrir la porte, c’est la première étape. J’espère qu’on n’en restera pas là.

Suivez Stéphane Morneau

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!