Netflix Hannah Gadsby

Je suis, depuis longtemps déjà, un fervent défenseur de l’idée qu’un numéro d’humour bien ficelé peut, et doit, faire réfléchir. Même que dans les meilleurs des cas, il y a une conversation déclenchée à la suite d’une soirée qui va bien au-delà des blagues.

Ça, c’était ma position avant de voir le spécial Nanette de l’humoriste australienne Hannah Gadbsy.

J’ai vu passer sur mon fil Facebook plusieurs critiques positives de cette heure d’humour d’une artiste qui m’était jusqu’ici inconnue. J’amorçais mon visionnement avec des attentes relativement hautes, ce qui rend rarement service aux œuvres consommées.

Cela dit, je dois admettre que mes attentes m’ont joué un vilain tour. Nanette, dans son entièreté, n’est pas un spécial d’humour comme les autres. On pourrait même dire que ce n’est pas particulièrement drôle. Sauf qu’Hannah Gadsby, dans son testament de l’humour, chamboule un monde de croyances que j’espérais jusqu’ici inébranlable.

C’est à ce point pertinent comme heure d’humour.

Hannah Gadbsy, sur scène, lance ses doutes sur la prémisse même d’utiliser l’humour pour faire avancer des causes et des revendications. Avec son discours réfléchi, sensible et intime, Gadsby nous remet en pleine face une réalité qu’on oublie parfois: l’humour, comme la propagande haineuse, prêche devant une paroisse d’initiés. Le dialogue, ici, ne change rien, il est plutôt là pour nous réconforter dans nos croyances.

Ainsi, Gadsby s’éloigne de l’humour sur scène, pendant un numéro d’humour, pour nous raconter son histoire, à sa façon, avec des nuances et des sentiments qui ne sont pas positionnés pour provoquer des rires.

Renversant n’est peut-être pas le bon mot, mais c’est le mieux que je trouve pour le définir.

L’habileté de Gadsby avec sa gestion de nos attentes et du message qu’elle livre est tout simplement troublante. Quand elle nous partage le moment où elle a dit à sa mère qu’elle était lesbienne, ce ne sont pas des rires qui envahissent la salle, mais plutôt un silence attentif, respectueux et ému. Même chose quand elle parle d’une agression qu’elle a vécue ou des nombreuses fois où son identité de genre a mené à une confusion.

Voir un être humain s’ouvrir ainsi sur scène et se permettre des excès de colère devant la bêtise d’une grande portion de la collectivité, on ne peut pas rester de glace devant ça. C’est une démonstration qui va bien au-delà de l’humour et, comme elle le dit elle-même: le rire n’est pas la meilleure des médications, c’est plutôt le sucre qui fait passer l’amertume de la vérité.

Cette approche, même si elle n’est pas neuve, a rarement été traitée avec autant de justesse. Quelque chose comme une opération à cœur ouvert sur nos convictions et notre façon de s’approprier la détresse des autres.

Hannah Gadsby a changé quelque chose en moi avec Nanette et je crois qu’elle pourra changer beaucoup de choses si on lui donnait un plus gros porte-voix afin de partager son histoire. Sans vous vendre la mèche, disons qu’elle touche des cordes très sensibles, même si on ne partage pas forcément son vécu ou ses angoisses.

À noter que Gadsby sera à Montréal avec ce spectacle le 26 juillet dans le cadre de Just for Laughs. Je vous le recommande chaudement, même si c’est disponible sur Netflix.

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