YouTube / capture d'écran Hubert Lenoir

On aime bien, au Québec, s’emparer des étoiles filantes pour se les approprier.

Quand un jeune artiste émerge, détonne et s’impose au-dessus du lot, la «machine» tend la main et se l’arrache, inévitablement.

Hubert Lenoir, finaliste du prix Polaris, est fortement sollicité au début de sa vingtaine en marge de la promotion de son premier album solo Darlène. Les médias en parlent, la télé, les radios. C’est la sensation de l’été, le jeune homme irrévérencieux derrière l’accrocheuse chanson Fille de personne II.

Normalement, c’est un terrain glissant. Plusieurs avant lui ont vécu la ronde de la popularité. L’amertume, souvent, se pointe le bout du nez un peu après. Puis on passe à la prochaine sensation, les refrains sont oubliés et l’artiste se retrouve les mains sur les cuisses, seul avec ses souvenirs, son amertume et son besoin de retrouver l’attention des gens.

Lenoir, farouchement différent, résiste à cette machine du mieux qu’il peut avec son authenticité indéniable.

Certains remarqueront d’abord ses vêtements, ses sacres ou son maquillage. Mais quand on écoute le jeune homme, ne serait-ce que quelques minutes, son indifférence s’impose vite comme un leitmotiv à sa vie publique.

Indifférence qu’il partage, d’une certaine façon, avec le controversé électron libre Kanye West qui, cette année, a dévoilé un court album, Ye, débutant avec ces mots qui résonnent comme un coup de poing au coeur :

The most beautiful thoughts are always besides the darkest
Today I seriously thought about killing you
I contemplated, premeditated murder
And I think about killing myself 
And I love myself way more than I love you, so

Le lien entre les deux, étrangement, se fait organiquement. Hubert Lenoir l’a remarqué, je ne sais pas quand, mais il l’a remarqué et il a dévoilé une invitation pour Kanye sur YouTube cette semaine et, je dois l’avouer, je suis fasciné par cette vidéo.

Lenoir parle de musique, de liberté, d’émancipation et, surtout, de son désir de voir un monde sans jugement, sans préjudice et sans conflits entre les différences. La musique, les races, les sexes, les goûts, les envies … les différences ne sont pas des points de rupture dans le monde d’Hubert Lenoir et, la main tendue, il s’adresse à Kanye avec l’insouciance d’un jeune premier et l’insolence d’un artiste en pleine possession de ses envies.

C’est beau, vous avez pas idée. Une beauté brute, inspirante et rare. Une beauté qui, je l’espère, ne sera pas effritée par les taxes de la popularité.

Hubert, je te la souhaite cette collaboration avec Kanye … même si on ne le mérite pas vraiment.

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