TVA Piment Fort

C’est fait, depuis une semaine la quotidienne d’humour Piment fort est de retour sur les ondes de TVA après une absence d’une quinzaine d’années.

Loin des yeux, loin du cœur? Semble-t-il que non pour les décideurs de TVA, qui ont ressuscité le concept avec une couche de peinture fraîche afin de redonner du panache au décor défraîchi de la vétuste émission.

Nouveau look, même rengaine.

Ironiquement, c’est une bonne chose que de retrouver les vieilles habitudes de Piment fort. Ce n’est pas parfait, loin de là, mais il y a une familiarité réconfortante qui pourrait plaire suffisamment au public pour assurer une deuxième vie fructueuse. Mais plaire au public, est-ce le signe d’une télévision en santé?

C’est un peu le défaut de ce retour en ondes de Piment fort. Le plaisir est au rendez-vous, même si on sent une certaine retenue dans le concept. On marche sur des œufs sans l’admettre.

Il y a un langage propre à Piment fort, une autoréférence et une façon de faire tacite entre le public, les humoristes et Normand Brathwaite. On assiste à une représentation faussement spontanée et on alimente du rire pour meubler le silence. Cette façon de faire fonctionne malgré le poids des années sur le concept.

On dit qu’en se moquant de soi-même, on ouvre la porte pour se moquer de tout le monde. Piment fort a compris cet adage et en abuse. Normand rit de lui, les invités rient de Normand, les invités rient d’eux-mêmes et l’idée d’avoir un maître de cérémonie rit du fait que Piment fort n’a peut-être pas sa place en 2016. Le hic, c’est qu’on met tellement d’énergie dans cette autodérision qu’il ne reste plus énormément de place pour autre chose. Piment fort devient un serpent qui se mange la queue et c’est le spectacle que notre télévision nous renvoie.

À la question «Est-ce que plaire au public est le signe d’une télévision en santé?», la réponse négative s’impose. Parce qu’avec cette émission quotidienne trop consciente de la portée de son humour, on se ferme à l’extérieur.

Piment fort existe à l’intérieur d’une soirée de tournage de Piment fort – ni plus ni moins.

Sans parler d’un problème dérangeant, disons que l’expérience de visionnement devient particulière. En observant les blagues prudentes, on devient prudent soi-même. Complice d’une expérience datée reposant strictement sur la nostalgie.

Le Piment fort d’aujourd’hui n’existerait pas sans le Piment fort d’hier, ce qui l’empêche du coup d’être le Piment fort d’aujourd’hui. Pour faire un parallèle, on ne reviendrait pas à l’utilisation de nos pagettes parce que nous gardons d’heureux souvenirs de l’époque où nos amis nous envoyaient des messages codés et qu’on devait se trouver une cabine téléphonique.

Normand Brathwaite qui refait les mêmes singeries qu’en 1997, c’est amusant, rigolo, sauf que ce n’est jamais plus qu’une version édulcorée de nos souvenirs – l’utilisation d’images d’archives n’aidant pas la cause.

On peut parler d’un retour réussi pour Piment fort, même si le potentiel est extrêmement limité en raison de la prison nostalgique dans laquelle l’émission existe.

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