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C’est peut-être le titre de ce billet qui vous a donné envie de cliquer et qui vous a amené ici. Vous vous êtes peut-être dit que ça n’avait pas de bon sens, dire une chose pareille… Je comprends. Ou encore vous vous êtes possiblement reconnu là-dedans parce que vous avez déjà laissé échapper quelque chose de très maladroit dans une conversation… Je comprends aussi.

Je me définis comme étant très libérale. Je ne parle évidemment pas d’un parti politique, mais de valeurs d’ouverture d’esprit, de tolérance et d’inclusion sociale. Bref, j’essaie de ne pas teinter mes opinions et mon discours en fonction de la couleur de la peau, de l’orientation sexuelle, de la religion ou du genre, entre autres. Je suis consciente des nombreux privilèges auxquels j’ai droit, de par mon statut social: jeune femme blanche dans la classe moyenne. Je suis également consciente que tous n’ont pas les mêmes privilèges que moi et que ce n’est pas leur choix. Pourtant, malgré toute ma bonne volonté, malgré ma sincérité aussi, j’ai réussi à me mettre les pieds dans les plats.

Juillet 2016. En prenant un verre à la maison avec un ami qui est homosexuel, j’ai dit quelque chose d’inacceptable. C’était une discussion tout à fait banale, on parlait d’un chanteur populaire qu’on aimait plus ou moins tous les deux, et c’est sorti tout seul, de ma bouche: «En plus, il a une voix de fif!». J’ai comme figé pendant quelques secondes, avec une boule dans mon ventre. Mon ami n’a pas réagi et la conversation s’est poursuivie comme si de rien n’était. J’avais utilisé un tout petit mot de trois lettres qui, je le sais, est lourd de discrimination. Moi, j’ai dit le mot «fif», un mot que je n’utilise pourtant jamais, et que je condamne lorsque je l’entends de la bouche d’un autre. J’étais pleine de remords et de remises en question pendant les jours qui ont suivi: Suis-je vraiment si ouverte que je le prétends? Comment ai-je pu utiliser un terme homophobe comme celui-là? Est-ce que j’ai déçu mon ami, est-ce que je lui ai fait de la peine? Je lui ai écrit une semaine plus tard pour m’excuser parce que ça me trottait dans la tête chaque jour depuis. Lui, il ne s’en souvenait même pas. Il m’a rassurée: «Christine, t’es pas homophobe. T’as fait une erreur, c’est tout.»

Je trouve que mon erreur était assez grave. Mais puisqu’elle a été faite en privé, avec une personne qui me connaît bien, elle n’a eu aucune répercussion, si ce n’est que de me faire réfléchir et me sensibiliser davantage au choix de mes mots, de mes expressions. Je ne suis clairement pas la seule à avoir déjà dit une niaiserie du genre. Il s’échappe bien souvent des phrases comme ça qu’on regrette par la suite, que ce soit dans une conversation anodine autour d’une table, que ce soit dans un tweet, sur Facebook, ou même dans les médias. Je pense qu’il est essentiel, si on ne le remarque pas nous-même, que quelqu’un nous avertisse quand on dit quelque chose d’inacceptable. Il faut ouvrir la discussion. Ça ne sert à rien de pointer du doigt, de dire «Hey, toi t’es homophobe!» ou «Toi t’es raciste!» Ça ne sert à rien non plus de répondre «C’tait juste une joke!» ou «Coudonc, on peut pu rien dire en 2018!» Il faut essayer de comprendre pourquoi ce qu’on a dit est blessant. C’est bien de s’excuser, mais ce n’est pas suffisant si on veut un réel changement. La discussion et le respect mèneront beaucoup plus loin que les attaques, les contre-attaques et les grandes accusations.

Je n’écris pas ce texte pour blâmer, ni pour protéger, ni pour commenter les actions de quiconque récemment. J’écris ceci pour vous parler de ma bourde à moi, parce qu’on en fait tous, et parce qu’elle m’a ouvert les yeux sur le fait que certaines expressions, certaines allusions, certaines blagues qu’on a souvent entendues ou dites nous-mêmes par le passé n’ont plus leur place. Aujourd’hui, bien souvent, elles sont dites sans mauvaise intention, sans même l’idée qu’elles peuvent blesser. J’ai utilisé un terme homophobe, pourtant j’aime les gais. Dire quelque chose de raciste ne signifie pas toujours qu’on est raciste, dire quelque chose de sexiste ne signifie pas toujours qu’on est sexiste. Par contre, ça ne nous donne pas le droit de continuer à le faire. Il faut comprendre l’impact de nos mots sur l’autre et trouver d’autres moyens de s’exprimer, changer nos façons de faire. Et avouons-le, ce n’est pas si compliqué, à moins qu’on manque gravement de vocabulaire… et de bonne volonté.

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