Getty Images/iStockphoto

« Votre fille réussit très bien. Ça ne paraît pas du tout que c’est une enfant de parents séparés. »

C’est le commentaire qu’a reçu un jour ma mère de la part d’un des profs de ma sœur durant une rencontre de parents. Je sais que même si cette remarque l’avait rendue plutôt fière, elle l’avait à la fois insultée, comme si le prof insinuait que tous les enfants dont les parents se séparent se retrouvent inévitablement en difficulté. Elle nous a souvent raconté cette anecdote avec fierté… et même avec un petit sourire en coin qui semblait vouloir dire « Tiens toi le prof, dans les dents tes préjugés! »

C’est vrai: ma sœur et moi avons toutes les deux très bien réussi. Nous étions parmi les premiers de classe et nous n’avions pas de problème de comportement, si ce n’est qu’on placotait parfois un peu trop au secondaire et qu’on a dû faire deux ou trois copies à cause de ça… Rien d’anormal, quand même! La plus grande réussite de ma mère, elle nous le répète encore aujourd’hui, c’est nous.

Mais je ne suis pas tout à fait d’accord. Je crois que la plus grande réussite de ma mère, ce n’est pas uniquement ses filles, c’est sa famille. Bien que mes parents aient laissé tomber leur mariage, ils ont réussi leur famille, tout simplement parce qu’ils en sont encore une.

Une séparation ou un divorce, peu importe les circonstances, ce n’est jamais bien plaisant, encore moins quand il y a des enfants. À moins d’une décision mutuelle faite dans le calme et le respect – ce qui est plutôt rare, avouons-le – il y a toujours au moins un des deux parents qui en ressort affecté, blessé ou amer. Il y a le tumulte de l’annonce de la séparation, puis du déménagement, puis des nouvelles blondes ou des nouveaux chums qui apparaissent dans le décor. Gérer tout ça en tentant de ne pas transférer son tourment, sa haine ou sa tristesse sur les enfants, ça doit être tout un défi. C’est que le parent doit complètement mettre de côté ce qu’il ressent envers son ex pour continuer de communiquer avec lui ou elle et agir avec comme objectif principal le bonheur et l’épanouissement de ses enfants. C’est accepter de se mettre soi-même deuxième dans un des moments les plus rough de sa propre vie. Mes parents ont relevé le défi.

Je mentirais si je disais qu’ils étaient en excellents termes les quelques années suivant leur divorce, mais jamais je n’ai eu l’impression que mes parents étaient en guerre. Jamais je ne me suis sentie déchirée entre les deux et jamais je n’ai dû choisir un camp. Mes parents sont toujours restés une équipe. Vingt-trois ans plus tard, ils se lâchent un coup de fil une fois de temps en temps, presque comme des vieux chums, pour prendre des nouvelles de ma sœur et moi évidemment, mais aussi l’un de l’autre.

Cette année, à Noël, nous fêterons tous ensemble chez ma mère: elle a invité mon père, ma belle-mère, ma sœur et moi à leur rendre visite, à elle et son chum. Lui a aussi invité ses trois filles et son ex-femme, accompagnée de son conjoint. On sera une belle grosse gang et ce sera un bonheur pour moi de voir mes parents ensemble autour d’une table, avec leur conjoint respectif, en train de rire à gorge déployée entre deux gorgées de vin.

Mes parents sont séparés, mais ils sont encore – et plus que jamais – une famille unie. À tous les parents qui ont aussi fait le choix de rester une famille, je lève mon chapeau. Vos enfants sont peut-être encore trop petits pour comprendre tout ce que vous avez surmonté par amour pour eux pour leur offrir cette qualité de vie, mais un jour ils vous le rendront et ils vous le diront eux aussi: merci.

Aussi dans La Milléniale :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!