Jacques Boissinot / La Presse canadienne Philippe Couillard

La langue de bois est «une figure de rhétorique consistant à éviter de présenter une réalité par l’utilisation de tournure de phrase et d’expressions usuelles», nous dit Wikipédia, qui s’y connaît en langues puisqu’il en parle plus de 280.

Et pour se sortir d’une position fâcheuse en dorant la pilule, nos politiciens emploient régulièrement des figures de style comme l’euphémisme, le pléonasme ou l’hyperbole.

Philippe Couillard a quant à lui tendance à vouloir dire tout et son contraire dans une même phrase en utilisant des figures de style d’opposition comme l’oxymore, le chiasme ou l’antithèse.

Nous en avons vu un bon exemple la semaine dernière alors que le premier ministre déclarait:

«Pour le renouveau, ça prend de la continuité.»

Selon lui, son équipe incarne à la fois le changement et la stabilité, une prémisse légèrement orwellienne. «La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force.» On se croirait en 1984.

Ce n’est pas tout. Plus tôt cette année, à propos des employés surmenés du système de santé, il déclarait:

«Les gens qui travaillent dans le domaine de la santé sont toujours poussés au maximum et c’est admirable et je veux leur dire ma reconnaissance.»

Il y a des limites à voir le bon côté des choses. Y’aurait-il quelque chose de positif dans l’épuisement professionnel? Peut-être est-ce la seule façon de voir les choses pour un gouvernement épuisé qui veut être réélu.

Les implications sont moins sévères, mais en avril 2017, à l’Assemblée nationale, M. Couillard nous offrait aussi cette phrase comique:

«J’veux pas décourager mon collègue qui fait tous les efforts possibles, mais il ne m’attirera pas dans le passé. Mais ne m’attirera pas ailleurs qu’aujourd’hui pour l’avenir du Québec.»

L’avenir d’aujourd’hui. Le futur, c’est maintenant. Tant qu’on ne nous propose pas de vivre dans le passé, ça peut aller.

Ce n’était sans doute pas intentionnel, mais on a eu droit à une autre contradiction comique alors que le premier ministre s’adressait aux journalistes en point de presse en 2016:

«J’insiste sur le caractère normal de ce caucus exceptionnel.»

S’il n’avait pas insisté, on aurait peut-être trouvé ça moins extraordinaire.

Dans le cas de la compagnie Bombardier, Philippe Couillard a aussi quelques fois formulé ses interventions pour essayer de nous faire croire qu’il avait fait le coup du siècle en investissant dans une entreprise qui allait être revendue un dollar à Airbus un an plus tard.

Par exemple, à la suite de l’annonce de la perte de 7000 emplois au sein de la compagnie en 2016, il déclarait:

«Au Québec y’aura des impacts bien sûr dans le cadre du changement d’orientation, de cette nouvelle phase de croissance de la compagnie Bombardier.»

La croissance de la compagnie entraîne des pertes d’emploi et c’est une bonne nouvelle. Fallait y penser.

Et après, à la suite de l’annonce d’un allègement fiscal pour les dirigeants d’entreprises qui allait justement bénéficier à Bombardier, le premier ministre décrivait ainsi la situation:

«Il ne s’agit pas de donner des avantages aux dirigeants d’entreprises plus importants qu’ailleurs. C’est de ne pas donner de désavantages.»

Rien de mieux qu’une double négation pour mêler les gens.

Tout ça pour dire qu’il serait peut-être plus utile pour les politiciens de faire un portrait juste de la situation plutôt que de toujours tenter de nous faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Parce qu’à force «d’éviter de présenter une réalité par l’utilisation de tournure de phrase et d’expressions usuelles», on en vient à avoir l’impression qu’on tente sans cesse de nous berner.

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