Jacques Boissinot/La Presse canadienne Sébastien Proulx

Il arrive que les politiciens, dans l’énervement d’un point de presse après leur huitième souper spaghetti de la journée (ça doit bien exister aussi, des dîners spaghetti), échappent une déclaration qui trahit leurs pensées.

Ces écarts de langage, qui ne sont souvent que des lapsus, peuvent donner l’impression que les politiciens n’ont pas une très haute estime des citoyens. Difficile de dire ce qu’ils pensent vraiment.

Par exemple, la semaine dernière, Sonia Lebel, candidate de la CAQ, déclarait:

«Pour une fois, les Québécois réfléchissent, ne se laissent pas prendre pour acquis et vont faire un choix éclairé.»

Est-ce dire que généralement, les Québécois ne réfléchissent pas avant de faire leur choix? Ceci expliquerait peut-être le retour des libéraux, malgré tous les scandales, élection après élection. En même temps, on se doute que ce n’est pas ce que Mme Lebel insinuait.

Dans la même semaine, au cours d’un débat au FM93 à Québec, le candidat du PQ Normand Beauregard mettait en doute avec confiance la capacité des gens à faire de bons choix:

«Vous savez effectivement que si on laisse le choix aux gens, les gens vont prendre très souvent des mauvaises décisions pour eux-mêmes. Les études le démontrent.»

Le fin fond de la pensée du candidat est beaucoup plus explicite ici.

Amir Khadir a déjà semblé aussi questionner le jugement des gens, en octobre 2016:

«On n’a pas besoin de 300$, 500$ ou 1000$ de plus dans nos poches pour dépenser sur des pacotilles ou une nouvelle montre dernier cri, on en a besoin pour restaurer les services publics.»

Est-ce à dire que si on baisse les impôts, les gens vont utiliser l’argent supplémentaire pour s’acheter des montres Apple? Peut-être.

C’est parfois plus subtil, comme dans le cas de Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation, qui en 2016 déclarait:

«Tu peux aller à la formation professionnelle parce que, pour toutes sortes de raisons, ton potentiel ne t’amènera pas à faire de grandes études pour gagner un prix Nobel.»

Y avait-il un peu de mépris pour ceux qui choisissent de suivre une formation professionnelle? À vous de juger.

Dans le même genre, son prédécesseur François Blais, en octobre 2015, avait répondu à l’opposition qui décriait les compressions en éducation de cette façon:

«Il serait très maladroit de la part du gouvernement d’investir en éducation. On va investir des sommes, mais de manière intelligente.»

Le choix du mot «maladroit» étant ici très maladroit.

Enfin, en début de campagne, le premier ministre Couillard s’était lui aussi empêtré dans un lapsus plutôt révélateur:

«Vous allez voir beaucoup de choses qu’on peut voir, comme je le disais tantôt, qu’on peut tenir dans le creux de la main, qu’on voit facilement, qu’on peut montrer au citoyen, pour lui faire croire et lui faire… le convaincre plutôt, que la vie sera meilleure après que cette politique sera mise en place.»

Convaincre et faire croire, ça ne veut pas tout à fait dire la même chose. Il semble d’ailleurs que certains politiciens tentent de nous faire croire qu’ils nous ont en haute estime…

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