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Les nouvelles au sujet de Bombardier vont de rebondissements en rebondissements, un peu comme le cours de l’action de la compagnie.

Depuis l’investissement de 1G$ par le gouvernement Couillard dans Bombardier, la perspective des politiciens sur cette affaire a beaucoup changé.

À la suite de l’annonce de l’entente en 2015, François Legault avait critiqué avec vigueur le premier ministre, qui avait demandé à son adversaire à l’Assemblée nationale de parler moins fort:

«J’invite le collègue à la prudence. Ce qu’il vient de dire, ça va avoir exactement l’effet dont il vient de parler sur l’action de Bombardier, chaque mot qui est prononcé ici sur cette entreprise et ses projets a un impact direct sur ses projets, a un impact direct sur les marchés, monsieur le président».

Ainsi, selon M. Couillard, il valait mieux ne pas critiquer cette entente au cas où la main invisible du marché l’entendrait. Notez que les oreilles de la main invisible du marché sont elles aussi invisibles.

L’année suivante, M. Couillard, éternel optimiste, ne voyait pas nécessairement d’un mauvais œil la perte de 7000 emplois chez Bombardier suite à un changement d’orientation de la compagnie.

«Au Québec, y’aura des impacts, bien sûr, dans le cadre de changement d’orientation, de cette nouvelle phase de croissance de la compagnie Bombardier.»

Une phase de croissance qui commence avec la perte de 7000 emplois. C’est ce qu’on appelle partir du bon pied. Ou de la bonne mise à pied, dans ce cas-ci.

Le premier ministre avait ajouté que tout ça était une bonne chose, au fond:

«Il faut se réjouir de ça, malgré les pertes d’emploi, c’est une bonne nouvelle pour le secteur aéronautique.»

Il semble que cette «phase de croissance» s’est muée en phase de décroissance. En avril 2017, Bombardier faisait cadeau à Airbus de la C-Series.

Après avoir englouti des millions de dollars dans Bombardier, le premier ministre estimait devant les critiques qui lui demandaient d’intervenir qu’il ne fallait surtout pas se mêler des affaires de la compagnie pour ne pas donner le mauvais exemple.

«Bombardier a pris sa décision. Ce qu’il faut surtout pas faire, c’est de commencer à gérer les entreprises qui sont au Québec. Si le gouvernement donne le signal au monde que quand vous venez au Québec avec une entreprise, le gouvernement met ses grosses pattes dans vos affaires pis gère votre entreprise à votre place, on ira pas loin au Québec et y’a beaucoup d’emplois qui vont être perdus.»

Au fond, les grosses pattes du gouvernement ne doivent servir qu’à donner de l’argent auxdites entreprises.

Paradoxalement, après l’annonce cette semaine que Bombardier supprimera 5000 emplois, dont 2500 au Québec, l’ancienne ministre libérale Dominique Anglade estimait, elle, qu’il faudrait au contraire que le nouveau gouvernement mette ses grosses pattes dans les bureaux de Bombardier.

«C’est au gouvernement de s’asseoir avec l’entreprise, s’asseoir avec le secteur et trouver des solutions. Nous, quand nous formions le gouvernement, nous en avons trouvé, des solutions»

Oui, et de très bonnes solutions. Genre.

De l’autre côté, le nouveau ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, expliquait sur les ondes de LCN qu’il n’aurait peut-être pas fait les choses de la même façon pour aider Bombardier.

«Je peux vous dire que la transaction qui a été faite, je l’aurais faite différemment.»

À Paul Larocque, qui lui demandait en quoi il aurait fait les choses différemment, M. Fitzgibbon répondait: «c’est pas important».

Une belle façon de dire qu’il n’en a aucune idée.

Reste que dans l’esprit de la population, le Québec s’est fait royalement avoir par Bombardier et sans le vouloir, c’est peut-être Thomas Mulcair qui a le mieux résumé la situation à l’émission La joute:

«Ils ont pris un de leurs fleurons, un des joyaux, un bijou de famille qui était la C-Series que nous, on a payé avec l’argent des payeurs de taxes, ils l’ont donné.»

Les dirigeants de Bombardier nous tenaient par les bijoux de famille. Et finalement, ils sont partis avec.

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