The Associated Press Lionel Messi

Si plusieurs géants ont tremblé depuis le début de cette Coupe du monde russe, l’albiceleste de Lionel Messi est quant à elle au bord du gouffre à la suite de la gifle de 3 à 0 infligée par la Croatie jeudi.

Comme je l’avais écrit avant le début du tournoi, l’Argentine est débarquée en Russie avec plus de questions que de certitudes dans son baluchon. Un parcours éliminatoire hasardeux, qui a vu le couperet s’abattre sur deux entraîneurs. Peu de rodage avec le nouveau pilote, Jorge Sampaoli, qui a dû se rabattre sur des valeurs sûres, tant sur le plan tactique que sur celui d’un effectif vieillissant, afin d’obtenir la qualification coûte que coûte, plutôt que de travailler à implanter ses idées. Idées qui l’ont, entre autres, couronné de succès avec la sélection chilienne.

À ces incertitudes s’ajoutait le manque de qualité à certains postes avec des joueurs pour qui ce maillot semble peser horriblement et d’autres établis mais psychologiquement stigmatisés par ces trois finales perdues en l’espace de deux ans (Coupe du monde 2014, Copa América 2015 et Copa América Centenario 2016).

Tout ceci était connu, mais il y avait tout de même espoir de voir ce groupe pallier ces lacunes avec de l’attitude, avec un peu de culot, avec cœur… Avec Messi.

Il n’en fut rien. On a plutôt eu droit à une Argentine traumatisée, incapable du moindre plaisir de jouer… Incapable du moindre fútbol.

Même si, d’un point de vue mathématique, l’Argentine n’est pas encore éliminée, il faudra une intervention divine pour que ce groupe se relève. Bien sûr, la gaffe du gardien Wilfredo Caballero qui a mené au premier but croate a fait mal. Mais l’effondrement psychologique qui s’en est suivi en dit long sur l’énorme poids qui écrase ces joueurs.

Juste à voir la trouille sur le visage du n° 10 pendant les hymnes nationaux, on pouvait presque entrevoir la catastrophe.

Oui, Sampaoli a ses torts, les joueurs aussi, mais ultimement, ce fiasco est la résultante d’années d’amateurisme et de corruption au sein de la Fédération argentine de football (AFA), qui a laissé une génération dorée à elle-même.

Cette génération a malgré tout réussi à caresser le championnat du monde et deux titres continentaux. Un vrai miracle si on tient compte de l’absence totale de feuille de route, de philosophie et d’identité, autant au sein de la sélection majeure que dans les équipes nationales juvéniles.

Bref, peu importe quand et comment se terminera ce tournoi pour La Selección, la leçon est on ne peut plus claire: il faut rebâtir non seulement cette équipe sur de nouvelles bases mais surtout l’organigramme administratif du football argentin.

Avec vision. Avec honnêteté. Comme durant ces belles années, de 1994 à 2001, quand José Pekerman dirigeait le meilleur programme juvénile de la planète, programme dont s’est d’ailleurs fortement inspirée la fédération allemande pour relancer son équipe nationale.

Avec un peu de recul, on peut affirmer que l’implosion de l’Argentine semblait inévitable. L’illusion que suscite une Coupe du monde avait quelque peu dissipé cette malencontreuse réalité au pays de Maradona et de Messi.

Maintenant que cette dernière gifle semble avoir réveillé même les plus optimistes, il ne reste plus qu’à voir si cette nation de football autrefois grande saura trouver la dignité et les scrupules nécessaires pour renaître de ses cendres.

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