The Associated Press

Alors que cette Coupe du monde hors norme arrive dangereusement à ses derniers virages, avec les quarts de finale déjà en vue, permettez-moi un aparté sportif pour quelques petites réflexions en vrac.

Neymar et le dégoût
Le 10 auriverde est une figure extrêmement polarisante. On l’admire pour son talent exceptionnel, on l’abhorre pour sa propension à jouer la comédie d’une manière totalement éhontée. J’en suis, d’un côté comme de l’autre, parfois dans la même minute.

Cependant, ce qui me dégoûte davantage que les pirouettes de Ney, c’est la banalisation la plus totale des commentaires à caractère homophobe et machiste qu’elles génèrent. Chaque fois que le joueur gémit, à tort ou à raison, tsunami de remarques plus troglodytes les unes que les autres.

Et pas que sur les réseaux sociaux…

Après la défaite on ne peut plus logique et méritée du Mexique face au Brésil, le sélectionneur Juan Carlos Osorio a tenté de détourner l’attention de la prestation très quelconque de son équipe avec des remarques indignes d’un homme de son statut: «C’est une honte pour le football qu’on perde autant de temps avec un joueur. Ce devrait être un jeu d’hommes et non un cirque.»

Il faisait bien sûr référence à la séquence où le Mexicain Miguel Layún a piétiné volontairement la cheville du Brésilien, étendu au sol à la suite d’une faute. Il n’en fallait pas plus pour que Neymar passe en mode Urgences-santé, pour tenter de faire expulser son adversaire – sentence qui aurait d’ailleurs été méritée – et aussi d’égrener quelques précieuses minutes au cadran, alors que le Brésil menait 1 à 0.

Honteux? Peut-être… Dans tous les cas, tout aussi honteux que le geste de Layún qui aurait pu anéantir les chances de son équipe, toujours dans le match jusque-là. Mais bon, il paraît qu’aujourd’hui, cracher sur la simulation est mieux vu que condamner les gestes vicieux. 

Ensuite, «un jeu d’hommes»? Vraiment? Va falloir trouver mieux pour analyser la prochaine défaite, Juan Carlos…

Machisme for export
Au-delà du déversement systématique de fiel, l’âge social a aussi du bon: l’indignation suscitée par quelques vidéos où on voyait des partisans (principalement d’origine sud-américaine) faire répéter des obscénités à des femmes non-hispanophones a non seulement exposé ces tristes personnages mais, dans certains cas, a aussi permis de les sanctionner.

Comme Néstor Fernando Penovi, un Argentin de 49 ans, qui s’est vu retirer sa «Fan ID», garante d’accès aux stades de la Coupe du monde, après que l’ambassade de Russie à Buenos Aires et le gouvernement argentin s’en sont mêlés. Dans une vidéo qui avait soulevé un dégoût généralisé, Penovi harcèle une adolescente russe, qui s’était prêtée de bonne foi à son petit jeu malsain. 

Expulsé après la reprise vidéo… un délicieux clin d’œil à l’air du temps.

Diego et moi
Mes premiers souvenirs de foot datent de 1986. Quand Diego Maradona et l’Argentine touchaient le ciel avec les mains au Mexique. J’avais cinq ans et demi, c’était quelques années avant que j’émigre au Québec.

Encore à ce jour, Maradona est le seul, hors famille, amis et connaissances, qui me rend heureux lorsqu’il va bien et qui m’attriste lorsqu’il ne va pas bien. Comme si, justement, il était un ami. Comme s’il était de la famille. C’est comme ça pour moi et pour une bonne partie des Argentins de 30 ans et plus.

Je conçois qu’à l’âge de l’aseptisation la plus absolue, un personnage comme Maradona détonne au point de déranger viscéralement: «Vite, qu’on enlève ce drogué de ma télévision!» Je conçois aussi que le personnage a avalé l’homme depuis déjà un bon moment. Mais je suis en paix avec ça, comme il semble en paix avec sa vie, tourmentée depuis sa naissance. Ange et démon. «Le plus humain des dieux», comme l’écrivait le grand Eduardo Galeano.

La plupart des gens qui détestent Maradona tiennent d’ailleurs pour acquise cette notion, aussi étrange que répandue, qu’un athlète de haut niveau doit absolument être un modèle pour les enfants et un ambassadeur impeccable pour son pays.

Ah! Si seulement on avait ce type d’attentes, pleines de petite moralité et de vertu à deux sous, envers notre classe politique…

Donc non, au risque d’en décevoir plusieurs, Diego Armando Maradona ne me fait pas honte. Pour le simple fait que je ne m’attends pas de lui, ni d’un quelconque athlète ou popstar, qu’il soit une sorte d’émissaire pour mon pays d’origine ou un exemple pour ma fille. El Diego, c’est El Diego et, comme le dit l’adage populaire, je ne le juge pas pour ce qu’il a fait de sa vie, mais bien pour ce qu’il a fait de la mienne.

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