Getty Images L'intérieur d'une voiture du métro de Buenos Aires

Exclusivos para mujeres. Des voitures du métro de la capitale argentine réservées uniquement aux femmes aux heures de pointe. C’est ainsi que Graciela Ocaña, une députée de l’opposition et ex-ministre de la Santé, veut lutter contre le harcèlement sexuel. Une fausse bonne idée?

Son projet de loi a été déposé en juin. Une dizaine de plaintes pour agressions verbales ou physiques sont déposées tous les mois auprès de la direction du subte, le métro presque centenaire de Buenos Aires, qui transporte annuellement 320 millions de passagers.

Cette ville de 14 millions d’âmes occuperait le 6e rang mondial du palmarès des réseaux de transport les plus dangereux pour les femmes.

Si l’idée d’Ocaña devait recevoir le feu vert, la capitale argentine suivrait la voie tracée par Tokyo, Mexico, Brasilia et Rio de Janeiro.

Dans les deux premières villes, le nombre de plaintes de femmes harcelées dans le métro a baissé, mais pas dans les deux cités brésiliennes, qui ont trop peu d’agents de sécurité pour faire respecter la loi.

Le Caire a également des voitures de métro réservées aux femmes. Cette «ségrégation» se fait cependant surtout pour des raisons religieuses, même si le harcèlement sexuel est considéré comme la «11e plaie d’Égypte».

À Montréal, «il n’a jamais été question de voitures réservées aux femmes», assure-t-on à la STM.

Les premiers «wagons roses» ont vu le jour dans les trains de Londres en 1874. Retirés en 1977, ils auraient pu revenir en force dans le tube de la capitale britannique s’il n’en avait tenu qu’à Claire Perry, la ministre des Transports dans le gouvernement de David Cameron. L’idée a cependant été abandonnée l’an dernier. Les critiques se résumaient à ceci : des compartiments Ladies Only feraient passer tous les hommes pour des prédateurs potentiels.

La même fin de non-recevoir attend sans doute l’initiative d’Ocaña. Elle a reçu une volée de bois vert de la part du ministère des Transports, qui refuse de «mettre toutes les femmes ensemble dans un ghetto».

Dit autrement, faut-il exclure les femmes d’un certain espace public pour garantir leur sécurité?

De manière générale, explique Sebastián Lacunza, éditeur en chef du Buenos Aires Herald, «la proposition d’Ocaña a été grandement critiquée et presque aucun politicien ne la soutient jusqu’à présent. Je crois qu’elle n’a aucune chance de passer».

Le vrai problème, selon lui, c’est la violence machiste. Elle tuerait une femme toutes les 30 heures. Des crimes généralement impunis. Officiellement, il y a eu 286 féminicides en Argentine en 2015. Mais les chiffres doivent être beaucoup plus élevés. Ces dernières semaines, des milliers d’Argentins ont encore manifesté leur ras-le-bol face à ces violences, qui semblent loin d’être la priorité du nouveau gouvernement conservateur de Mauricio Macri.

Alors, des «wagons roses» dans le métro de Buenos Aires? À l’évidence, la sécurité à tout prix est dans l’air du temps.

Notre chroniqueur était en juin à Buenos Aires.

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