Getty Les analogies faites entre l’ancien Führer Adolf Hitler et des hommes d’État modernes, toujours infondées, coupent court à tout débat rationnel, dénonce notre chroniqueur.

Adolf Hitler a décidément de nombreux clones. Après Bachar el-Assad, c’est au tour de Vladimir Poutine d’être comparé au dictateur nazi. Attention aux parallèles de la malfaisance! Comparaison n’est pas toujours raison.

Avant les présidents syrien et russe, c’était à Slobodan Milosevic d’être qualifié de «nouveau Hitler». Le président serbe précédait son homologue irakien, Saddam Hussein qui lui, succédait à l’Ougandais Idi Amin Dada.

Parmi tout ce «beau monde» il y a eu, bien sûr, le Libyen Mouammar Kadhafi et l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Quand il dirigeait le Front national, Jean-Marie Le Pen a souvent été assimilé à Hitler, et ce dernier s’est retrouvé à côté de Barack Obama sur les affiches du Tea Party lorsque le mouvement ultraconservateur américain bataillait ferme contre la réélection du président sortant en 2012. Bref, on est toujours l’Hitler de quelqu’un.

Poutine, lui, n’a pas du tout apprécié qu’avec le rattachement de la Crimée à la Russie, Hillary Clinton l’ait comparé au fondateur du Troisième Reich qui a saigné à blanc l’ex-URSS. Près de la moitié des 50 millions de morts du conflit le plus meurtrier de l’humanité étaient soviétiques.

L’ex-secrétaire d’État américaine, possible future candidate à la présidentielle de 2016, n’est pas la seule à avoir laissé tomber les gants diplomatiques. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, a lui aussi fait un rapprochement entre Poutine et Hitler. Mais sa carrière politique n’a pas pris fin comme celle de la ministre de la Justice allemande, Herta Däubler-Gmelin, qui elle, avait comparé George W. Bush au Führer. Deux poids, deux mesures.

Si la campagne de dénigrement de Poutine est légitime, la Russie d’aujourd’hui n’est pas pour autant l’Allemagne d’hier et son président, malgré ses travers démocratiques, ne peut être diabolisé au point de ressembler à Hitler.

Comment expliquer ces comparaisons abusives? Les analogies extrêmes se multiplient dans la rhétorique politique, comme dans celle de tous les jours. Au détriment du débat d’idées. C’est dans l’air du temps.

L’appauvrissement du champ lexical se reflète dans la «théorie» du «point Godwin», du nom de son fondateur, un avocat américain. Selon lui, plus une discussion tourne en rond et plus grande est la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant Hitler et le nazisme. Associer un adversaire à un homme honni de l’Histoire et à une idéologie meurtrière permet visiblement de le discréditer. De couper court à tout débat. C’est le niveau zéro de la communication, à l’instar du maire de Londres, Boris Johnson, qui a récemment comparé l’acteur George Clooney à Hitler pour avoir demandé au British Museum de restituer à la Grèce les marbres du Parthénon.

L’«hitlérisation» du discours est un danger sur l’échiquier diplomatique mondial comme dans la vie de tous les jours.

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