Getty Le Royaume-Uni estime que l’inclusion du commerce de la drogue et du sexe ajouterait 12,3 G€ – soit 18 G$CAN – à son PIB.

Tous les moyens sont bons pour harmoniser les politiques économiques de l’Union européenne (UE), y compris la prostitution et la drogue qui, dès septembre, entreront dans le calcul d’un indice fétiche à l’échelle planétaire: le produit intérieur brut (PIB).

L’indicateur économique, inventé dans les années 1930 par l’Américain d’origine russe Simon Kuznets, fait annuellement le point sur la richesse d’un pays en mesurant la valeur des biens et services produits sur son territoire.

Tous les États l’ont adopté, sauf le Bhoutan. Le royaume bouddhiste de moins d’un million d’âmes perdu dans les montagnes himalayennes a depuis une quarantaine d’années tourné le dos aux froides statistiques pour choisir le bonheur national brut (BNP).

Pas question pour l’UE de suivre l’exemple bhoutanais en donnant la priorité au bien-être sur la croissance économique. Non, cela n’est vraiment pas approprié à la première zone économique mondiale qui… représente près du quart du PIB de la planète.

Ce qu’il faut faire surtout, a tranché l’Eurostat, l’organisme chargé de fournir les données statistiques pour l’UE, c’est intégrer la prostitution et la drogue dans le PIB. Cela permettra notamment de gonfler d’au moins deux pour cent le PIB de chaque pays et ainsi de mieux renégocier le remboursement de ses dettes.

Améliorer la santé économique d’un pays grâce à ses activés illicites (l’économie souterraine représenterait au moins 20 % du PIB de l’UE) n’est pas très moral, mais l’Eurostat estime que les revenus de la prostitution et de la drogue sont une source de richesse comme une autre.

Oui, mais comment les comptabiliser? Un jeu d’enfant pour les Pays-Bas où le plus vieux métier du monde et la marijuana sont légaux. Si le commerce du cannabis rapporte au fisc néerlandais plus d’un milliard de dollars annuellement, ailleurs, comment quantifier avec précision ce qui n’est pas déclaré?

«Chaque État membre devra fournir une estimation globale de l’activité souterraine, explique-t-on à la Commission européenne. Il n’y aura pas de répartition détaillée par secteur.»

Vaste programme, d’autant qu’un pays pourrait choisir de fermer les yeux sur des activités illégales contribuant à sa prospérité économique, et finir même par les légaliser.

L’Italie, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique et, bien sûr, les Pays-Bas ont été les premiers à répondre favorablement aux directives de l’Eurostat qui entreront en vigueur le 30 septembre. Ceux qui, comme la France, refusent de le faire, s’exposeront à une forte amende.

Les nouvelles règles comptables soulèvent des questions d’ordre éthique, mais l’argent n’a jamais eu d’odeur, surtout lorsqu’il contribue à la richesse d’un pays.

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