Uncredited Bradley Manning. Uncredited / The Associated Press

De sa prison pour hommes de Fort Levenworth au Kansas, elle écrit sans rémunération des chroniques pour The Guardian de Londres: Chelsea Manning, la taupe de Wikileaks, est la détenue trans la plus célèbre des États-Unis.

Condamnée en 2013 à 35 ans de prison pour avoir transmis des documents militaires au site fondé par l’Australien Julian Assange, réfugié depuis trois ans à l’ambassade d’Équateur à Londres, elle est toujours un «il» pour les autorités militaires.

Chelsea Manning, née Bradley, peut se maquiller, porter des vêtements féminins, mais pas question d’avoir les cheveux longs, même si elle a commencé le 11 février un traitement hormonal pour devenir une femme. Une première dans l’armée américaine.

Qu’importe que les trans ne soient pas acceptés dans les rangs de l’armée la plus puissante au monde, elle savoure son plaisir de voir ses chroniques dans The Guardian, l’influent quotidien qui avait publié quelques-uns des documents qu’elle avait transmis quand elle était analyste du renseignement en Irak.

«Chelsea a commencé à écrire pour nous en septembre 2014 et nous sommes heureux de la compter parmi nos chroniqueurs invités», explique dans un échange de courriels, Megan Carpentier du Guardian.

Sa toute première chronique portait sur l’État islamique. Les bombardements occidentaux ne pourront à eux seuls venir à bout «de ce groupe islamiste radical»: il faudrait une «stratégie constante d’endiguement pour réduire la croissance et l’efficacité de l’EI».

Peu importe la justesse de ses propos sur la guerre contre l’État islamique, sur la liberté de l’information («nous devions avoir le droit de critiquer le gouvernement sans crainte»), ou sur le genre («ceux qui ne sont pas classés bureaucratiquement comme mâles ou femelles n’existent pas»), Chelsea Manning cherche à faire entendre sa voix menacée par l’oubli.

En plus de ses chroniques, elle dispose également, depuis avril, d’un compte Twitter. «Ma vie s’organise sur une échelle de semaines, mois, années, et non en secondes, minutes, heures», explique-t-elle dans l’un de ses premiers messages dictés par téléphone, comme d’ailleurs ses chroniques au Guardian. Dans sa prison, elle n’a pas accès à l’internet.

Sheila Manning, comme Julian Assange et Edward Snowden, en exil à Moscou depuis ses révélations sur la NSA, la puissante agence de sécurité américaine, sont-ils des traîtres ou des héros?

Ce sont des lanceurs d’alerte. Activistes d’un nouveau genre, ils se battent contre les mensonges du pouvoir, cherchent la vérité et sont armés d’une conviction: l’éthique quand il s’agit d’espace démocratique doit être supérieure aux lois.

Mais, depuis la nuit des temps, quand la vérité n’est pas bonne à dire elle est toujours bâillonnée avec son messager.

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