Archives Métro Barack Obama et Vladimir Poutine

Les États-Unis et la Russie doivent-ils coopérer en Syrie pour combattre État islamique (EI)? La prestigieuse revue new-yorkaise Foreign Affairs a posé la question à un groupe d’experts. Leur réponse? Mitigée.

Celle de John Mearsheimer est sans équivoque. Washington et Moscou doivent cesser de faire cavalier seul, estime le professeur de sciences politiques à l’université de Chicago. Dans un échange de courriels, il va même plus loin: «Les États-Unis devraient travailler avec la Russie, l’Iran et le Hezbollah [mouvement politique chiite libanais, engagé militairement aux côtés de Damas] afin de soutenir le gouvernement Assad et mettre fin à la guerre civile en Syrie.»

Certes, le président syrien est loin d’être un enfant de chœur, mais comme le rappelait Winston Churchill, «si Hitler avait envahi l’enfer, je me serais débrouillé pour avoir un mot gentil pour le Diable».

Entre deux maux, il faut donc choisir le moindre, croit Mearsheimer. «Ce n’est pas une option attrayante, mais c’est la plus valable. La politique étrangère veut souvent dire faire des choix désagréables […]»

En attendant, les frappes aériennes russes rendent service à Assad, car elles touchent davantage la ribambelle de groupes armés qui lui sont opposés qu’EI. C’était écrit dans le ciel que Poutine allait finir par voler au secours de Damas qui ne contrôle plus que 15% de son territoire. Les bombardements russes marquent aussi, et surtout, le grand retour de Moscou dans la chasse gardée américaine qu’est le Moyen-Orient. Ils prennent de court l’Occident et chamboulent ses plans dans une région toujours compliquée et très explosive.

Si dans le chaos syrien, Washington, Londres et Paris ne savent pas sur quel pied danser, pas question de se déhancher au son de la balalaïka, le luth traditionnel russe à trois cordes. Alors, comment répondre à Vladimir Poutine, qui avait déjà lancé ses troupes en Crimée en février 2014 et six ans plus tôt en Georgie? Peut-il y avoir une déflagration planétaire, comme le craint le magazine français L’Obs avec son titre apocalyptique «La Troisième Guerre mondiale a-t-elle commencé?»

Rien ne sert de dramatiser pour attirer l’attention sur un conflit qui, malgré ses 250 000 morts et ses millions de réfugiés, capte moins l’intérêt du grand public que celui des géostratèges moyen-orientaux. Ces derniers redoutent moins l’effondrement du régime syrien que la montée d’EI, devenu l’ennemi public numéro un. Pour les Russes, la chute d’Assad accentuerait le chaos, comme en Irak et en Libye.

John Mearsheimer est pessimiste. Le carnage syrien va se poursuivre tant que Washington, Moscou et Téhéran (allié de Damas) «ne travailleront pas ensemble». «Je souhaite bien sûr que cela arrive, mais je ne parierai pas beaucoup d’argent là-dessus.» Pas même un kopeck, pourrait-on ajouter.

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