Getty Images Le terme «post-vérité» a été identifié parmi une liste de 10 mots ou expressions parmi lesquels ne figurait même pas «blessure de Carey Price». Sérieux, c’est à se demander si les Britanniques savent qui est Price.

Deux jours avec pas de Canadien, comme c’était le cas mercredi et hier, ça laisse beaucoup de place dans les journaux et à la radio pour parler de quelques nouvelles insolites.

Prenez celle-ci, dont il a été abondamment question mercredi: l’identification du mot de l’année, selon le prestigieux dictionnaire britannique Oxford. Il s’agirait du mot «post-vérité», pour qualifier cette nouvelle ère semble-t-il où les faits auraient moins d’importance que les opinions de jambons et les prédictions de Ron Fournier à son émission Bonsoir les sportifs.

Ma première réaction en a été une de surprise. Euh, un dictionnaire? Ils connaissent pas Google pis les internets ce monde-là? Anyway, dans le monde du gros hockey, c’est certainement pas une nouveauté, vous en conviendrez avec nous. C’est même la norme depuis longtemps. Encore une fois, la société dans son ensemble aligne son fonctionnement sur ce qui se passe dans le monde du sport et franchement, ça nous réjouit, parce que l’industrie du hockey se porte assez bien (d’autant plus que Canadien est premier dans la ligne) et que la société, Trump l’a dit, devrait être gérée comme une business.

Chacun a droit à sa vérité
Le terme «post-vérité» a été identifié parmi une liste de 10 mots ou expressions parmi lesquels ne figurait même pas «blessure de Carey Price». Sérieux, c’est à se demander si les Britanniques savent qui est Price.

Mais au-delà de cela, je pense qu’il y a dans cette attirance pour les non-faits un énorme progrès social. Longtemps, c’est une mentalité de communiste qui régnait. La vérité devait être la même pour tout le monde. Ainsi, avec la montée en puissance des réseaux sociaux, chacun a désormais droit à sa vérité. Et moi, je fais confiance à la main invisible pour faire le tri entre les bonnes et les moins bonnes vérités personnelles. Anyway, que se passe-t-il quand Ron Fournier reçoit un appel d’un gros épais qui lui dit non pas une, mais quatre vérités au téléphone? Il raccroche. Et trop souvent, dans la vie, on ne raccroche pas devant une vérité qui ne fait pas notre affaire.

Puis, l’ère de la post-vérité serait attribuable au fait, semble-t-il, que les gens sont davantage attirés par l’opinion et l’émotion. Sérieux, c’est quoi le problème? Avez-vous déjà entendu Martin McGuire décrire un match de Canadien au 98,5 FM? Le gars décrit un avantage numérique comme si c’était la finale de la Coupe Stanley. On aime ça.

À une autre époque, l’équipe de La soirée du hockey, avec des gens comme René Lecavalier, faisait une description objective, factuelle et plate de ce qui se passait sur la glace.

La vie est assez courte, on n’a pas de temps à perdre avec les faits.

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