Graham Hughes/La Presse canadienne En lisant L’éloge de la fuite, je me suis soudainement parfaitement expliqué ce que tous les journalistes disaient trouver surprenant (heille, mon œil, viarge), soit le congédiement de Michel Therrien.

Vous commencez à me connaître : quand Canadien ne joue pas pendant quelques jours, j’ai tendance à me perdre dans mon quartier et la vitrine de la librairie d’à côté en profite généralement pour me faire de l’œil. Ou peut-être est-ce plutôt la libraire qui me regarde par la fenêtre, l’air de se dire que c’est donc triste de constater qu’il doit ben y avoir 500 000 fans de Canadien pour un fan de son commerce.

Toujours est-il que son clin d’œil m’a convaincu d’entrer et elle m’a suggéré d’acheter le livre usagé en vedette dans la vitrine. Le meilleur livre disponible, m’a-t-elle dit, soit L’éloge de la fuite, de Henri Laborit. À ne pas confondre avec Les loges de la fuite, un livre dénonçant les compagnies qui achètent des loges au Centre Bell pour épargner de l’impôt.

En lisant Laborit, je me suis soudainement parfaitement expliqué ce que tous les journalistes disaient trouver surprenant (heille, mon œil, viarge), soit le congédiement de Michel Therrien. Bref, en gros, Laborit dit que l’humain, face à des problèmes, considère généralement trois options : ne rien foutre, lutter contre les problèmes, ou encore, fuir.

Prenons un exemple, car vous n’êtes qu’un lecteur de Métro, pas un intello. Imaginons donc que vous rencontrez un ours. Comme Canadien, lors de son dernier match. L’idéal n’est pas de rien faire; vous allez vous faire bouffer. Vous pouvez bien sûr lutter contre l’ours, mais encore faut-il en être capable. Reste la fuite, qui, pour Laborit, passe par l’imaginaire et la création. Et puis, on peut certes fuir littéralement, mais ça fait un peu Perezhogin sur les bords.

Fuir par l’imaginaire, donc. Comme Canadien qui, en jouant contre Boston, pensait déjà à son congé de cinq jours. Ou comme vous, dans le bois, le cou pris dans la bouche de l’ours : l’idéal serait alors de donner un congé à votre esprit et de laisser souffrir votre corps en lieu et place de l’individu total que vous êtes. Vous pourriez penser, je sais pas, à Canadien en 1993.

C’est aussi ce qu’a fait Marc Bergevin en «clairant» Therrien. Devant la déconfiture de Canadien, il ne pouvait pas ne rien foutre. Lutter contre les autres équipes était devenu impossible pour son club. Inspiré (inconsciemment) par Laborit, il a fui dans l’imaginaire, suivant le principe de plaisir de Freud et laissant libre cours aux hallucinations de sa pensée, au détriment du principe de réalité qui l’aurait convaincu que d’engager de nouveau Julien, ben, c’était le boutte, tabouère.

«Mais Marc Bergevin est libre de faire ce qu’il veut», que je vous entends me dire. Laborit, sur la liberté, disait justement qu’elle commence où finit la connaissance, bref, que c’est l’ignorance qui serait la seule liberté. Elle, pis l’inconscient.
Ceci expliquant cela.

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