Archives Métro Alex Galchenyuk.

Une des stratégies des joueurs de Canadien cette année pourrait être de lire Bartleby, la nouvelle du célèbre romancier Herman Melville parue en 1853, deux ans après son fameux Moby Dick.

Le récit de Bartleby est celui d’un scribe employé par un notaire de Wall Street (dans l’ère pré-Rangers) qui accomplit d’abord son travail avec rigueur, mais qui en arrive ultimement à répondre, lorsqu’on lui demande d’effectuer une tâche différente de celle pour laquelle on l’a engagé, ceci: «I would prefer not to.» Ou en français: «Je préférerais ne pas.»

Lorsqu’on lit Bartleby, il est très difficile de ne pas penser à Alex Galchenyuk ainsi qu’à Mark Streit, qui a signé un contrat cet été avec Canadien officialisant son retour à Mont­réal après quelques années à jouter ailleurs dans la ligne. Voilà deux joueurs qui ont toujours accepté d’évoluer à des positions différentes de celle pour laquelle on les avait engagés: Galchen­yuk, un centre naturel, joue régulièrement à l’aile depuis quelques saisons, et Streit, un défenseur surnaturel, a joué très souvent lui aussi à l’aile lors de son précédent séjour avec Canadien.

Le temps me semble venu pour ces deux joueurs, lorsque Claude Julien leur proposera de jouer à l’aile de nouveau, de lui répliquer avec la célèbre phrase de Bartleby: «Je préférais ne pas.» Pour Streit, le français devrait aller. Pour Galchenyuk, la formulation anglaise aurait davantage de sens, car il est né aux States: «I would prefer not to.» Même si, pour indisposer davantage Julien, il pourrait lui balancer le tout dans la langue maternelle de son paternel: я   бы предпочел,чтобы. Ça risque de péter la balloune de la gomme à Claude.

La langue russe serait d’autant plus efficace pour écœurer Julien, c’est vrai; mais à la base, la posture idéologique de Bartleby est elle-même fort puissante. Elle a pour effet, dans la nouvelle de Melville, de déstabiliser son employeur, qui finit par ne pas savoir si cette phrase signifie un refus ou une préférence. Cela l’amène à réfléchir, ce qui ne serait pas une mauvaise chose pour Claude Julien.

De plus, cette phrase rend caduc un présupposé de base dans le monde du travail qui veut qu’un employé obéisse à un employeur lorsque ce dernier lui donne une consigne. La logique habituelle du discours s’en trouve ainsi brisée et le patron de Bartleby, dans la nouvelle, est plongé dans l’incertitude. Et on le sait, l’incertitude étant le propre d’un travail artistique, Bartleby honore du même coup la fonction pure de scribe; Galchenyuk et Streit auraient tout avantage à en faire autant, ce qui redorerait le blason du joueur de hockey qu’on considère trop souvent comme un artisan attiré par la maudite grosse argent sale.

Au fait, voulez-vous savoir comment se termine la nouvelle? L’employeur de Bartleby finit par abandonner et sacre lui-même son camp de son entreprise. Et Bartleby est trouvé mort au bureau. Bon. Dans le cas qui nous intéresse, on se contentera d’imaginer que Julien finira par sacrer son camp lui-même cette année.

Bon camp d’entraînement à tous.

Alex Galchenyuk et Mark Streit ont toujours accepté d’évoluer à des positions différentes de celle pour laquelle on les avait engagés.

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