Pratiquer le journalisme (sic) sportif est une drôle d’affaire, on va se le dire. C’est, quand on revient à la racine de la chose, accorder beaucoup trop d’importance à ce qu’on appelle l’éducation physique. Vu de même, les matchs présaison de Canadien sont un peu l’équivalent du réchauffement que les élèves font avant de commencer pour vrai leur partie de ballon-chasseur à l’école.

Or, imaginons deux secondes qu’un journaliste de la presse locale de votre village soit affecté à la couverture du réchauffement des élèves pendant leur cours d’éducation physique et qu’il en arrive à la conclusion que l’équipe de votre Kevin est pourrie raide au ballon-chasseur. Vous auriez envie de lui dire d’attendre que la partie commence avant de poser un jugement aussi sévère, non?

Ou encore, si vous êtes un esprit fin, peut-être lui diriez-vous que vous avez lu La pensée radicale du philosophe Jean Baudrillard et que vous enseignez à votre garçon, ainsi qu’à ses petits copains, l’importance de penser et faire les choses en dehors des normes établies, genre en faisant semblant d’être nul au ballon-chasseur, et d’attendre le bon moment pour faire exploser tout son talent.

Personnellement, si je me retrouvais dans cette situation, c’est cette dernière option qui serait ma réponse à ce journaliste raté qui rêvait de faire carrière dans un fauteuil de L’antichambre et qui est pogné pour couvrir l’actualité sportive de mon quartier. Et je pense que c’est, bien honnêtement, ce que Canadien fait en ce moment : il met en application la théorie de Baudrillard, pour surprendre l’adversaire.

C’est d’autant plus pertinent comme stratégie depuis qu’on sait, parce que Baudrillard l’a écrit dans un autre ouvrage (Le crime parfait), que nos sociétés ont tué la réalité à coups de chaînes de nouvelles en continu et d’hypermédiatisation de toute. Autrement dit, ce qui se passe et qui est rapporté dans les médias n’est plus la réalité, mais l’hyperréalité.

Ainsi, Canadien aurait beau connaître de bons matchs présaison et un début de saison époustouflant comme au cours des deux précédentes années, oui, les journalistes sportifs s’enflammeraient encore, mais la réalité serait que Canadien demeurerait pourri et se ferait sortir encore en première ronde pareil, ou ne ferait pas les séries.

Claude Julien, en adoptant l’approche de la pensée radicale de Baudrillard, souhaite assurément, après des matchs présaison horribles, connaître stratégiquement un début de saison tout aussi pourri pour ne pas reproduire les débuts de saison des deux dernières années. L’idée étant simple : si nous vivons dans des pâles copies de la réalité comme le prétend Baudrillard, vaut mieux envoyer un os dans la machine à reproduire des débuts de saison prometteurs.

Cela étant dit, si la réalité n’existe plus, est-ce qu’on peut appeler les Rangers et leur dire de nous redonner Ryan McDonagh? Ça aussi, ça devrait aider.

Aussi dans Le Sportnographe :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!