Getty Images Max Pacioretty

Vous avez bien lu. Le titre n’est pas «Reconstruire Canadien», mais bien «Déconstruire Canadien». C’est que, cette semaine, je me suis replongé dans l’œuvre du philosophe français Jacques Derrida, grand adepte de la déconstruction des concepts. Dans son ouvrage La voix et le phénomène, paru en 1967, il propose une drôle d’affaire, me direz-vous.

Il soutient en effet que le modèle traditionnel de la communication, qui repose sur la présence d’un émetteur (disons, un joueur en point de presse après un match) et un récepteur (disons un journaliste sportif recueillant les échos de vestiaire) est une farce et que la communication repose plutôt sur leur absence. Ou plutôt, sur ce qu’ils ne disent pas.

A priori, on dirait une proposition absurde, mais l’idée est simple et a du sens en tabarouette. C’est que Derrida suppose qu’on tient trop souvent pour acquis que la communication, c’est ce que les gens se disent. Or, au contraire, tout ce qui n’est pas dit dans une conversation a probablement davantage de valeur.

Prenons un exemple clair. Après une énième défaite de suite, Pacioretty affirmait récemment en point de presse qu’il fallait que l’équipe travaille plus fort pour s’en sortir. Or, pendant qu’il disait ça, il pensait assurément au fait qu’il a full envie de sacrer son camp de Montréal. Simultanément, les journalistes, pas plus fous que d’autres, se demandaient si Pacioretty n’avait pas envie de sacrer illico son camp de Montréal plutôt que de leur dire, avec son air bête habituel, que le succès futur de Canadien passait par le fait de travailler plus fort.

Vu de même, qu’est-ce qui a le plus de valeur? La phrase beige du capitaine ou celle, criante de vérité, qu’il n’a pas osé dire? Et voilà.

Rapporter les propos impensés
Cela m’inspire un défi pour mes amis journalistes sportifs, ainsi que pour Martin McGuire, qui vont dans le vestiaire de Canadien chaque soir de match. Inspiré par un autre philosophe français, Maurice Merleau-Ponty, je leur propose de recueillir ce que ce dernier appelait l’impensé, c’est-à-dire ce que la pensée laisse de côté – pour toutes sortes de raisons – tout en y pensant.

Autrement dit, il suffirait désormais aux journalistes sportifs de rapporter ce qu’ils pensent que les joueurs pensent, mais qu’ils ne disent pas. Vous imaginez ce que ça donnerait? Wow! S’ils font ça, la fin de saison de Canadien va t’être vraiment excitante.
Après ça, venez pas me dire que la philosophie ne sert à rien!

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