Getty Images Carey Price

Comme le veut la tradition depuis quelques mois dans les pages de cette chronique, j’ai tenté cette semaine de jeter un regard sur Canadien à travers la paire de lunettes offerte par le livre d’un grand penseur. Pour l’occasion, je me suis intéressé à l’ouvrage Connaissance, ignorance, mystère, publié par le sociologue français Edgar Morin en 2017.

Tout d’abord, Edgar Morin soutient qu’il y a du mystère partout. J’y reviendrai. Toutefois, il va sans dire qu’à la lumière des présentes séries dans la LNH, il n’y a plus aucun mystère quant au fait que Canadien a terminé dans le fond du classement. À regarder jouer actuellement les équipes réunies dans le carré d’as, on se réjouit même que Canadien ne puisse pas être rétrogradé en ligne américaine ou de garage, comme c’est le cas au soccer en Europe. Parce que, sérieux, Canadien perdrait chaque match 20-0 s’il jouait en ce moment en séries.

Je reviens maintenant à cette idée selon laquelle il y aurait du mystère partout. En fait, bien plus que ça, selon Edgar Morin, ce qui est flabergastant, c’est que plus on sait de choses, plus nos connaissances engendrent de l’inconnu nouveau et des mystères nouveaux. Or, y a peut-être là une piste d’explication concernant les piètres performances de Canadien cette année. En effet, combien de fois avons-nous entendu Claude Julien affirmer, à partir de la mi-saison, que les joueurs savaient tout ce qu’il y avait à savoir du plan de match et qu’il ne restait plus qu’à l’appliquer? Selon la perspective de Morin, il aurait été nécessaire que les joueurs poursuivent leur quête de nouveaux enseignements plutôt que de s’asseoir sur ce qu’ils pensaient être des vérités en matière de puck dumping.

Autre idée importante, selon Morin: expliquer le monde ou un mystère est chose impossible en raison de leur complexité. À la limite, comme le disait Raymond Aron, un autre sociologue, on peut tout savoir sur presque rien, mais en ce qui concerne le tout ou les mystères, on repassera pour ce qui est de tout savoir. Or, voilà peut-être un argument que devrait faire valoir Canadien pour limiter le nombre de points de presse donnés par ses entraîneurs et par ses joueurs au cours d’une saison. En effet, à quoi ça sert de tenter d’expliquer un mystère – genre, pourquoi Price n’a-t-il pas arrêté tel tir chochotte – si, au fond, on ne saura jamais vraiment pourquoi? Imaginez si tout ce temps investi en points de presse était plutôt imparti aux fans après les rencontres? Canadien veut se rapprocher de ses fans, voici une belle idée.

Et pour s’en convaincre, Marc pourrait se rabattre sur la pensée d’un autre philosophe, Marc Chabot, un petit Québécois celui-là. Chabot disait qu’il y a essentiellement quatre discours pour regarder le monde et tenter de comprendre les mystères de la vie : les discours scientifique, artistique, philosophique et religieux. Avez-vous remarqué que ne figure pas dans cette liste le discours journalistique sportif?

Eh ben voilà.

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