Getty Images Marc Bergevin

Je n’apprendrai rien à personne en écrivant que l’on vit de nos jours dans une société qui ne veut plus rien savoir du risque.

C’est bien connu: nos parents vécurent d’amour et d’eau fraîche, nous vivons de précaution et d’assurance. Or, depuis quelques années, des sociologues et des philosophes jettent un regard sur le monde qui nous révèle peut-être – enfin, bout de torieux! – le plan de Marc Bergevin: le risque peut réenchanter la vie.

Évidemment, le partisan de Canadien est comme tous les autres partisans de hockey: il aimerait avoir la certitude que son équipe offrira du jeu compétitif chaque année, mieux, l’assurance que Canadien cumulera les Coupes Stanley au rythme où il le faisait dans le temps où on scorait de sa propre ligne bleue avec un slapshot balloune.

Mais l’affaire, c’est qu’avec le temps, le monde du hockey s’est complexifié, lourdement bureaucratisé et institutionnalisé, et la nouvelle ligne nationale de hockey a entraîné ce que Weber (Max, pas Shea) appelait le désenchantement du monde. En d’autres termes, prendre la rondelle et la mettre dans le net est devenu un job difficile et n’a plus rien à voir avec la transcendance, qui était le carburant principal qui donnait des ailes à Lafleur et à Béliveau.

Or, malgré les apparences, je postulerai ici que présenter un alignement de jambons comme Canadien s’apprête à le faire pour une deuxième année consécutive n’est pas con. Dans un monde avec pas de sens, le risque EST le nouveau sens. Idem pour la personne qui traverse l’océan sur une tite planche de bois avec une sanouiche au jambon alors que, pourtant, l’avion existe.

Dit autrement, «il n’y a de vraie vie qu’au prix du risque», pense le philosophe, Alain Badiou. Et du risque, avec Alzner, Benn et Schlemko, il va y en avoir en masse cette année à la bleue. Bergevin, lui, a contrario de ce que pensent certains observateurs, ne risque pas SA vie en agissant ainsi; il risque LA vie, disait la philosophe Anne Dufourmantelle. Une vie réenchantée, comme l’expérience client au Centre Bell d’ailleurs (mettons).

Le pari de Pascal (et Bergevin)
On peut même présumer que Bergevin a lu Les Pensées, de Blaise Pascal, philosophe et fervent parieur sportif de son époque. Dans ce recueil paru en 1670, Pascal avançait ceci: une personne rationnelle est ben mieux de croire en Dieu, car si Dieu n’existe pas, elle n’a rien à perdre. Mais si jamais Dieu existe, la personne gagne le paradis. En d’autres termes, c’est l’idée selon laquelle plus il y a de risque, plus il y a de gain potentiel. Et plus la vie pourrait goûter bon. C’est le pari de Bergevin avec Canadien cette année.

Honnêtement, je suis très heureux d’avoir enfin vu clair dans le jeu de Marc Bergevin. Cela me vaudra peut-être – enfin, je l’espère – une invitation à Bonsoir les sportifs, L’antichambre et/ou Jean-Charles en liberté. Avis aux recherchistes de ces émissions: passez par Métro pour me joindre. Ils me feront le message. Merci.

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