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Cette semaine, je me suis donné le mandat de pondre un petit essai de sociologie afin d’expliquer le début de saison surprenant de Canadien.

Stimulé par les cafés 3e vague que je m’enfilais dans un endroit tendance de Rosemont, je me suis souvenu de mes lectures universitaires de Jacques Derrida et de Paul Ricœur sur l’hospitalité. Ce fut fascinant.

Derrida, un philoso­phe français adepte de la déconstruction (à ne pas confondre avec la reconstruction de Canadien), considérait l’hospitalité comme étant une chose impossible. Pas dans le sens négatif, toutefois. Non. Selon lui, pour qu’il y ait véritablement hospitalité, il faut savoir faire l’impossible pour accueillir l’autre, et ce, même au-delà de nos capacités d’accueil. Il faut, bref, le laisser interférer dans notre routine, tirer profit et enrichissement de sa différence (le laisser taper ses bâtons différemment, genre) et, surtout, ne pas vomir nos idéologies de fermeture sur lui, car ça pourrait l’intimider un brin.

Et c’est ici que j’ai l’impression que Canadien fait les choses différemment cette année. Je parle de Canadien, et conséquemment aussi de ses fans, qui ont eu cette tendance assez-mottée-merci au cours des dernières années de dire que ça prendrait davantage de Québécois de souche dans l’équipe si on voulait regagner la coupe un jour.

Tu parles d’un argument de marde, quand on y pense. Affirmer ça, c’est faire l’économie de l’immigration notamment italienne, juive, grecque et haïtienne, qui a façonné l’image de Montréal et du Québec moderne. La souche, c’est à se demander s’ils ne l’avaient pas reçu sur la tête en bûchant leur bois au chalet le week-end pour en arriver à penser ainsi en gros tatas.

La mentalité du club ne semble plus être de recevoir l’autre (un joueur d’origine dite étrangère) en adoptant un regard simplement intéressé sur lui et de souhaiter qu’il performe en malade. Non. L’idée, c’est d’en faire un Canadien de Montréal, avec une attitude humaniste qui corresponde au fait de considérer la patinoire comme une planète à partager avec ses coéquipiers.

Nous sommes l’autre. L’autre est nous. Le philosophe Paul Ricœur (le Jean Perron de la philo) avait une belle formule (qui est aussi le titre d’un de ses livres) pour expliquer ça : Soi-même comme un autre. Et c’est ici que je pose une question improbable aux yeux des journalistes sportifs, ainsi qu’à ceux de Martin McGuire : se peut-il que Marc Bergevin ait lu ce bouquin cet été? Et qu’il en ait tiré une leçon?

Je dis ça, car j’ai l’impression que le CHangement d’attitude dans le vestiaire auquel Bergevin fait constamment référence est teinté fortement de cette idée de Ricœur. D’autant plus que la mentalité du club ne semble plus être de recevoir l’autre (un joueur d’origine dite étrangère) en adoptant un regard simplement intéressé sur lui et de souhaiter qu’il performe en malade. Non. L’idée, c’est d’en faire un Canadien de Montréal, avec une attitude humaniste qui corresponde au fait de considérer la patinoire comme une planète à partager avec ses coéquipiers, et non plus comme un territoire à se fractionner pour booster ses statistiques individuelles. Voyez?

Tzevan Todorov disait qu’à la différence des arbres, qui eux ont des racines, les humains ont des jambes, ce qui fait de la mobilité leur nature première. Conséquemment, il faut accepter dans son club quiconque vient de loin, sinon, ben on est un raciste. Cette saison, Canadien est un club hospitalier. Ses fans aussi. Ça fait du bien. Je pense même que ça sent la coupe.

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