Le cri du cœur de milliers de femmes dans les derniers jours pour dénoncer le harcèlement sexuel dont elles sont victimes – souvent en silence, souvent dans la honte et l’impuissance – m’a bouleversé. Non pas que je doutais de l’existence du problème, mais de voir ce déferlement sur les réseaux sociaux de femmes racontant d’innombrables expériences horribles d’humiliations et de souffrances m’a ouvert, à mon regret bien tardivement, les yeux quant à son ampleur.

La dénonciation des gestes – et notamment de ceux, graves et symboliques, qui ont été perpétrés par des figures emblématiques du monde du show-business – est un passage essentiel et nécessaire dans une prise de conscience collective.

En outre, il est important de réfléchir aux solutions à plus long terme. Et une conclusion s’impose : une solution durable et profonde ne pourra pas être exclusivement de nature judiciaire. Le hic, c’est qu’on ne criminalise toujours que le passé. La loi s’applique (quand elle s’applique, et c’est un autre problème) seulement après le fait. Comme pour le contrôle d’autres comportements criminels, la coercition, à elle seule, s’avère peu efficace quand il s’agit de prévention.

Il faut commencer bien en amont. La culture machiste, celle qui minimise le harcèlement et alimente le sexisme, commence jeune, à la maison et à la petite école. Elle est certes renforcée plus tard dans la vie des hommes par la radio, la télé et l’environnement de travail, mais le mal est souvent déjà fait en très bas âge.

L’éducation, et particulièrement l’éducation des garçons, est donc un des déterminants essentiels pour permettre les changements culturels structuraux qui réduiront ces injustices sexuelles plusieurs fois millénaires et mettront un frein à la culture du viol.

Je ne prétends pas connaître tous les changements aux programmes d’éducation qui seront nécessaires, mais ces changements devront assurément inclure la difficile tâche de prodiguer une éducation sexuelle de qualité aux enfants et aux adolescents. Il faut apprendre aux garçons et aux filles à identifier leurs pulsions sexuelles, à les comprendre et à en rester maîtres.

Il faut aussi établir la possibilité d’un dialogue filles-garçons autour d’enjeux communs, encourager les jeunes à parler de sexualité de manière honnête et éviter de propager une culture de division entre les sexes.

En tant que père de deux jeunes garçons, je me sens particulièrement touché par cette question de l’éducation, notamment parce qu’elle ne se fera pas exclusivement à l’école. Il est de notre responsabilité à tous et à toutes, parents et éducateurs-trices, de lutter contre les préjugés et d’inculquer les règles de la décence et du respect dès le plus jeune âge.

Nous devons nous engager dans le projet de faire de nos garçons des hommes qui considèrent leurs contemporaines comme des égales, mais pas seulement des égales juridiques sur papier, quand tout le monde écoute ou pour être politically correct; des hommes qui vivent ce respect de manière interne, qui le considèrent comme quelque chose de précieux et qui travaillent activement, pendant toute leur vie, dans toutes leurs relations, à l’atteinte d’une égalité de fait, au nom de notre humanité partagée et au nom d’un monde qu’il faudra bien construire ensemble.

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