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En blague, je me demande souvent pourquoi j’irais m’entraîner au gym quand, de toute façon, tout le monde regarde son téléphone. Comme plusieurs, j’ai un rapport problématique avec les nouvelles technologies et notamment avec les médias sociaux.

Je carbure – plus que je ne le souhaiterais – aux likes et aux commentaires. J’aime faire rire et j’aime que les gens me trouvent intelligent ou drôle et qu’ils me le signifient de manière quantifiable.

Or, régulièrement, je suis découragé par ce que je lis sur mon fil, surtout quand il est question de politique ou des questions complexes qui touchent nos sociétés. Il semble en effet que les médias sociaux rendent le débat difficile, voire impossible.

Les effets de groupe y sont amplifiés: détester une personne avec ses amis, s’indigner des mêmes choses, réaffirmer une opinion partagée par son cercle, etc., sont des comportements fortement récompensés par les algorithmes de la Silicon Valley. On pourrait même arguer que ces éléments font partie intégrante du succès de Facebook.

Avec le recul, il était bien angélique de penser que les médias sociaux allaient tisser des liens entre les gens, comme le voulait naïvement Mark Zuckerberg.

On constate au contraire que ceux-ci exacerbent tous les travers de la mauvaise communication: biais interprétatifs, manque de contexte, procès d’intentions, coupe d’empathie, mauvaise foi, etc.

Le désir de gagner, d’écraser l’autre, d’avoir le dernier mot, de montrer qu’on est du «bon bord», y sont plus importants que la recherche de la vérité, la volonté de faire avancer le débat ou de trouver ensemble des solutions grâce au dialogue. La méchanceté, l’arrogance et le manque de nuance y sont aussi monnaie courante.

Après plus d’une décennie d’existence, les médias sociaux ont-ils eu un effet positif sur nos vies? Plusieurs études tendent par exemple à montrer qu’ils ont des conséquences négatives sur la vie des gens, surtout celle des adolescents.

Les violences réputationnelles, déjà présentes dans les écoles secondaires, trouvent désormais un puissant amplificateur avec les Snapchat et Instagram de ce monde, augmentant de manière marquée les problèmes d’anxiété, de dépression et d’insomnie chez les jeunes.

Il est dommage qu’un tel espace de liberté et de créativité soit devenu, à bien des égards, une gigantesque cour d’école où le tribalisme et la polarisation règnent en maîtres. Cela en dit beaucoup sur notre humanité et sur nos tendances à retomber dans de vieux réflexes manichéens (les bons et les méchants, eux/nous, etc.).

En outre, peut-être qu’une autre voie est possible. Peut-être suffirait-il de réapprendre les règles du débat civilisé? De réapprendre la politesse, le savoir-vivre et les bonnes manières? Peut-être aussi qu’une réflexion s’impose sur l’usage que nous faisons de ces technologies?

Faire des pauses de ces gloutons à attention que sont nos téléphones intelligents permettrait de redécouvrir la puissance du contact visuel et l’importance de regarder ce qui se passe autour de nous.

Ne serait-ce que pour constater que certaines personnes ont vraiment des mollets d’acier.

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