Au Québec, même s’ils ne sont que 30 000 sur une population de 8 millions, la voix des agriculteurs est puissante.

Impliqués dans leur communauté, les agriculteurs sont aussi des maires, des conseillers municipaux, des préfets de MRC, des administrateurs de caisses populaires. Ils siègent sur les tables de concertation, les CLD, les CRÉ et s’impliquent dans la vie sociale locale.

Équiterre partage des points de vue et travaille depuis 20 ans de concert avec plusieurs organisations agricoles sur des enjeux comme la promotion de l’achat local, la défense de la gestion de l’offre (pour le lait par exemple) et la protection du territoire agricole.  Ces collaborations entre l’UPA et Équiterre se sont formées naturellement puisque nous défendons en général le bien commun et le gros bon sens. À l’instar d’Équiterre, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a aussi pris des positions sur les changements climatiques et la nécessité de mener correctement les évaluations environnementales et les consultations sur les pipelines.

Au fil des ans, j’ai constaté à quel point les agriculteurs représentent un lobby redoutable au Québec. À la fois groupe d’intérêt public, syndicat et force économique, ils contrôlent de grandes entreprises comme la Coop fédérée et Agropur.

La plupart du temps, je me réjouis de cette force. Après tout, l’agriculture est un dur métier et surtout, un secteur d’activité essentiel à la vie et au développement des régions. Comme le dit leur slogan, il n’y a pas d’aliments sans agriculture!

Mais sur la question des pesticides, je pense que le non-positionnement de l’UPA ralentit les ardeurs du gouvernement d’agir.

Le réseau des fermiers de famille que coordonne Équiterre compte une centaine d’agriculteurs certifiés biologiques (ou en voie de l’être) qui nourrissent plus de 39 000 personnes dans toutes les régions du Québec. Ces agriculteurs ont fait le choix de travailler sans pesticides de synthèse. Ils considèrent que les risques pour leur santé, celle des consommateurs ainsi que pour l’environnement sont trop importants.

De plus en plus d’agriculteurs et de consommateurs partagent ce point de vue. Voilà pourquoi les ventes de produits certifiés bio augmentent constamment partout dans les pays développés.

Le gouvernement libéral de Mme Wynne en Ontario a reconnu ce mouvement et a récemment déposé un projet de règlementation de certains pesticides (néonicotinoïdes) qui tuent les abeilles et qui sont soupçonnés de tuer de petits mammifères, donc d’avoir un impact sur la santé humaine.

L’Ontario serait la première juridiction nord-américaine à suivre l’approche européenne qui applique le principe de la précaution à l’égard des pesticides. Aux États-Unis et au Canada, on a plutôt tendance à autoriser des produits, à les mettre sur le marché et à espérer que les impacts ne seront pas trop pires. Et même lorsque des chercheurs indépendants démontrent hors de tout doute les impacts de ces produits, on hésite toujours à les interdire!

En ce qui concerne les néonicotinoïdes, même Santé Canada affirme qu’ils sont responsables du déclin des colonies d’abeilles, mais refuse toujours de les interdire ou d’en restreindre l’usage!

Le gouvernement du Québec tarde-t-il à agir par crainte de la réaction des agriculteurs? Si tel est le cas, il  se trompe. Les agriculteurs bio et les apiculteurs sont évidemment favorables à ce que Québec emboîte le pas à l’Ontario. Je soupçonne même qu’une majorité des membres de l’UPA est favorable à une règlementation plus sévère des pesticides qui adopterait le principe de la précaution.

Il est dans l’intérêt de tous les agriculteurs que les pesticides soient règlementés correctement. Espérons que M. Couillard suivra son homologue ontarien.

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