Codie McLachlan/THE CANADIAN PRESS La première ministre albertaine Rachel Notley durant le congrès du NPD.

Lors d’un point de presse, alors qu’il était premier ministre, Jean Chrétien s’était fait demander à l’égard d’un problème particulièrement délicat, s’il ne s’était pas peinturé dans un coin. Le coloré premier ministre avait répondu du tac au tac: «Si on s’est peinturé dans un coin, on marchera sur la peinture!»

Aujourd’hui, M. Trudeau et Mme Notley devraient suivre les conseils du p’tit gars de Shawinigan.

En effet, ces deux politiciens progressistes ont été élus avec la promesse suivante: «Nous protègerons le climat, tout en construisant des pipelines», ce qui est tout simplement incompatible. Qui plus est, construire des pipelines est sans doute la pire chose que l’on pourrait faire (à court, moyen et long terme) pour aider les dizaines de milliers de sans emploi en Alberta.

La source du problème en Alberta n’est pas le manque de pipelines mais bien le faible prix du pétrole, qui lui est le résultat de l’offre et de la demande. Aucun politicien sur la planète ne peut déterminer le prix de l’or noir.

Les politiciens peuvent par contre promettre des pipelines et, ce faisant, M. Trudeau et Mme Notley se sont carrément «peinturés dans le coin».

Le prix du pétrole, selon toute vraisemblance, aura tendance à diminuer à long terme, puisque nous en aurons de moins en moins besoin. Cette baisse de la demande (déjà amorcée dans les pays de l’OCDE) sera due à plusieurs facteurs, mais les principales raisons seront l’électrification des transports et, de façon plus générale, la nécessaire réduction des gaz à effet de serre et de la pollution locale de l’air.

L’agence financière Bloomberg a fait des prévisions de la pénétration des véhicules électriques sur le marché à l’échelle mondiale. Elle arrive à deux conclusions:

  • Premièrement, d’ici 25 ans, il ne sera plus possible de s’acheter une voiture qui fonctionne uniquement à l’essence sur cette petite planète. Le marché sera occupé à 100% par des véhicules électriques ou hybrides.
  • Deuxièmement, même si le taux de pénétration des véhicules électriques sera encore faible, cette technologie aura un impact sur les cours mondiaux du pétrole dès le début des années 2020.

En effet, la réalité est qu’à l’échelle planétaire, environ 2/3 du pétrole est utilisé pour le transport. Même si un petit pourcentage de cette demande disparait au profit de l’électricité, cela va créer un déséquilibre entre l’offre et la demande et entrainera une baisse du prix de l’or noir.

L’électrification des transports n’est pas une hypothèse, c’est une réalité. Les grands manufacturiers offrent déjà tous des modèles électriques ou hybrides branchables et leurs taux de ventes augmentent chaque année. Tesla a récemment lancé son modèle «économique» à 35 000$ par année et a battu tous les records pour le lancement d’un nouveau produit, avec plus de 350 000 ventes en quelques semaines.

En Norvège, 1 véhicule neuf sur 3 est 100% électrique ou hybride branchable.

La Chine, qui fait face à des problèmes de qualité de l’air gigantesques, s’est aussi lancée agressivement dans la promotion des véhicules électriques, en offrant de généreux rabais aux consommateurs.

Enfin, les analystes prévoient que le prix des batteries, qui représente environ le tiers du coût d’une voiture électrique, continuera de baisser.

Bref, la question n’est pas SI les transports vont s’électrifier, mais à quelle vitesse.

Les 195 pays qui ont signé l’Accord de Paris sur le climat ont d’ailleurs tous compris que la réduction des gaz à effet de serre était désormais possible grâce à l’électrification des transports et aux énergies renouvelables, qui deviennent plus abordables que le charbon ou le nucléaire. Bref, les percées technologiques et commerciales ont contribué à convaincre les gouvernements de signer ce traité ambitieux.

Même l’Arabie Saoudite l’a bien compris. Le pays avec les plus grandes réserves de pétrole au monde a récemment lancé un nouveau fonds d’investissement dont la mission est carrément de remplacer les revenus du pétrole!

Évidemment, si l’on pense que la demande pour le pétrole va bientôt se mettre à diminuer, on ne devrait pas investir des milliards de dollars pour construire un nouveau pipeline dont la raison d’être est d’augmenter la production! Surtout s’il s’agit d’un pétrole qui est plus cher à produire, à transporter et à raffiner.

Du strict point de vue économique, la construction de nouvelles infrastructures pour les énergies fossiles, comme des pipelines, ne fait aucun sens. Au mieux, quelques entreprises feront encore de gros profits pour quelques années avant de faire faillite et de nous laisser s’occuper des dégâts environnementaux et sociaux.

Plutôt que de faire écho aux messages de relations publiques des pétrolières, M. Trudeau et Mme Notley devraient plutôt se préparer… à marcher sur la peinture!

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