Dimanche soir, c’est avec le cœur lourd que j’ai regardé Secret Path, le dernier album visuel de Gord Downie, chanteur de Tragically Hip. Atteint d’un cancer du cerveau, celui-ci a dédié ses dernières mélodies à Chanie Wenjack, décédé le 23 octobre 1966.

C’est au cours d’un automne froid et neigeux comme celui-ci que le jeune Anishinaabe de 12 ans a perdu la vie en tentant de s’échapper d’un pensionnat autochtone, près de Kenora, en Ontario. Chanie est mort de froid et de faim, seul et loin de la famille à laquelle le gouvernement l’avait arraché. De 1820 à 1996, environ 150 000 enfants ont été placés dans ces écoles de la honte.

L’histoire de Chanie n’est pas un cas isolé. On estime que plus de 3000 jeunes Autochtones sont morts lors de leur passage au pensionnat. Tout comme le rapport de la Commission de vérité et réconciliation l’affirme, ces institutions ont manqué de respect envers ces enfants en ne documentant pas leur mort et en les enterrant dans des fosses communes. Mon oncle, Johnish, fait partie de ceux qui ne sont jamais revenus à la maison.

En essuyant les larmes chaudes qui coulaient sur mes joues, une seule question me venait en tête: Comment ont-ils pu nous faire cela? Seul un monstre peut violer, battre et assimiler des enfants, sans en voir son sommeil être troublé la nuit venue. Tout cela me semble encore irréel. Le visionnement de ce film m’a fait réaliser que la route de la guérison est longue et pénible. La plaie est béante. Nous sommes des milliers à porter les drames vécus par nos parents, comme un boulet attaché à notre pied. Les quêtes inachevées d’identité laissent place au suicide, qui rampe dans les rues de nos communautés jusque dans les placards de nos frères et de nos sœurs. Pour les survivants, chaque automne est une épreuve. C’est à cette période de l’année que le gouvernement allait chercher les enfants, pour «tuer l’Indien dans leur cœur».

Malgré tout, les choses changent. Dans son dernier livre, Le grand retour, John Saul compare l’éveil de la jeunesse autochtone à la Révolution tranquille. Nous nous emparons enfin de nos cultures et de nos traditions qui nous ont été trop longtemps défendues. Un jour, j’ai entendu une survivante dire que son bonheur était sa revanche. Ce sera notre responsabilité: panser nous-mêmes nos blessures et avancer. Quant à eux, les allochtones auront la responsabilité d’écouter les chants de guérison qui émanent de nos territoires.

À l’aube du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, tous doivent regarder Secret Path et constater tout le mal qui a été infligé aux Autochtones. Ensuite, nous pourrons entamer une véritable réconciliation. En sécurité dans les bras d’une certaine personne, j’ai eu une pensée pour ma famille, mais j’ai surtout été habitée par un sentiment d’espoir. Un jour, mon identité ne sera plus définie par des traumatismes, et mon père aura guéri de son passage au pensionnat de La Tuque. Je le lui souhaite. Après tout, nous sommes Cris: résilients, fiers et indestructibles.

Pour visionner Secret Path, c’est ICI.

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