Vous vous doutez sûrement que j’ai passé un jour du Canada de piètre qualité, pour rester polie. Une semaine à anticiper le stress et le malaise de cette journée, à planifier mon déménagement et à me demander si mon petit corps frêle de 100 livres était capable de survivre à un déménagement en pleine canicule. Ç’a finalement été comme je me l’étais imaginé: j’ai maudit ma commode qui pèse deux fois mon poids, j’ai été fâchée de ne pas pouvoir aller manifester contre un système colonial qui m’écrase encore et il a plu des cordes.

Je me dis par contre que le pire est fait et que je devrais peut-être me concentrer sur des choses plus productives que le fait de haïr notre Camilla et notre Charles quand ils éclatent de rire devant une performance de chants de gorge inuits. Je sais, il y a plus important que ça, et on doit choisir ses combats. Je sais qu’envoyer promener le Parti libéral du Canada sur Twitter est un geste somme toute futile, mais nous sommes irrités à ce point-là. Mais vous savez quoi? Je vous donne raison, vous qui nous dites qu’on «devrait en revenir de la colonisation». Je vous ai écrit en mai sur la saison des pow-wow qui commençait. Je vous ai expliqué les raisons pour lesquelles les danseurs décident de se lancer dans un tel marathon de confection de regalia dans le but d’adoucir un peu leur cœur et de panser leurs blessures. Le solstice d’été marque le début d’une autre saison de cérémonies: le sundance.

Quand je dis aux allochtones que je fais mon premier sundance cette année, on me demande si je m’en vais au festival de films de Sundance. Non, quoique j’apprécie beaucoup la question pour des raisons évidentes. Plusieurs communautés organisent un sundance partout en Amérique du Nord durant la période estivale. C’est une cérémonie traditionnelle de guérison, que ce soit pour le danseur lui-même ou pour une personne de son choix. Une fois par année, durant quatre ans, celui-ci devra s’engager durant trois ou quatre jours à ne pas boire et à ne pas manger tout en dansant. Transcender la douleur physique pour calmer la douleur mentale. C’est aussi une cérémonie qui nous a été interdite jusqu’en 1951.

Au début, les danseurs coupent ensemble un arbre. Dès que celui-ci est coupé, il ne doit pas toucher le sol. Ils l’amènent alors au milieu du cercle de danse, où ils resteront toute la fin de semaine. Le but consiste à danser en fixant cet arbre et en soufflant dans son sifflet d’os d’aigle. On ne doit pas arrêter de fixer l’arbre, car celui-ci a donné sa vie pour nous guérir.

Pendant que les Canadiens célébraient sur la colline parlementaire à Ottawa, des membres de ma famille complétaient leur quatrième année de sundance. J’entame ma première cette année. Je pense que c’est la meilleure façon de les envoyer promener.

@MaiteeSaganash

Aussi dans Maïtée Labrecque-Saganash :

Nous sommes présentement en train de tester une nouvelle plateforme de commentaires sur notre site web. Grâce à Facebook Comments, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!