Ce que j’aime particulièrement avec les jeunes artistes autochtones, c’est qu’ils ont un pied dans chaque monde : ils dansent habilement entre leurs traditions et la modernité. Souvent, ils se permettent de sortir du cadre traditionnel et folklorique imposé par le désir de prouver la légitimité de leur culture qu’on a tenté de leur faire oublier. C’est exactement ce que Tenille K. Campbell, artiste denée et métisse, a fait. Dans son premier recueil intitulé #IndianLovePoems, elle s’assume dans une sexualité décomplexée, chose assez exceptionnelle lorsque la seule sexualité qu’on attribue aux femmes autochtones est violente. Ses poèmes nous rappellent les frenchs de banquette arrière sur fond de John Denver, les amours d’été de routes de gravier et les coups de foudre de pow-wow. Un hommage à la façon dont on s’aime dans les quelque 2 300 réserves autochtones du Canada.

Mais la poète parle aussi des défis des relations amoureuses entre Blancs et Autochtones : la découverte de l’autre monde et le choc culturel. Mon cœur s’est un peu arrêté lorsque l’auteure dit : «I never realized how Indian I was until I started messing around with non-native guys», et c’est devenu un de mes poèmes préférés du recueil. Ça m’a rappelé les soirées entre Autochtones, à parler de l’Autre à qui on a laissé explorer notre territoire.

Depuis quelques années, je me heurte aux mêmes comportements toxiques et blessants chez l’Autre. Au fil de l’histoire, les femmes autochtones sont entrées dans l’imaginaire collectif comme des êtres faciles à la sexualité débridée. On a souvent – pas toujours, je tiens à le préciser – l’impression d’être la Pocahontas docile, l’objet un peu exotique qu’on peut posséder. Il n’y a d’ailleurs rien de plus humiliant que de se faire dire qu’on excite l’Autre, lorsque nos cheveux sont tressés ou lorsqu’on porte nos accoutrements traditionnels.

J’ai fait un sondage plus ou moins exhaustif auprès de mes ami(e)s autochtones et j’ai demandé: «En quoi trouvez-vous difficile de fréquenter/ne pas fréquenter l’Autre?» Certaines m’ont répondu qu’elles fréquentaient des Allochtones, car les hommes de leur peuple avaient les mêmes blessures et traumatismes qu’elles. «Je trouve difficile de devoir sauver quelqu’un, alors que j’arrive à peine à me sauver moi-même.» D’autres m’ont répondu que c’était plus facile de fréquenter d’autres Autochtones, car elles ou ils n’ont pas à s’expliquer constamment et peuvent vivre pleinement leur identité. Selon un de mes amis, «les femmes autochtones ont une certaine sagesse». Alors que nous constituons environ 1% de la population du Québec, certain(e)s ressentent une pression d’assurer la pérennité de nos langues et de nos peuples. Je me retrouve un peu dans chaque réponse offerte par mes niwi-djewaganch.

J’ai entendu quelque part que lorsqu’on veut exprimer quelque chose de sincère et de viscéral, il faut le faire dans sa langue. Par contre, si un jour une personne allochtone fait des efforts pour comprendre, je ne me sentirai pas traître.

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