Lundi, alors que je taquinais le doré sur un des magnifiques lacs d’Eeyou Istchee, j’ai reçu plusieurs messages m’informant que Justin Trudeau avait pris la décision de scinder le ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada en deux. Le premier ministre a affirmé baser ce geste sur le désir de se débarrasser des structures coloniales actuelles et de la Loi sur les Indiens. AANC n’existe plus: Carolyn Bennett est maintenant aux commandes des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, tandis que Jane Philpott, autrefois ministre de la Santé, sera à la tête des Services aux Autochtones. Pour plusieurs membres des Premières Nations, dont moi, on a encore affaire à une bonne job de communication.

C’est tout un système qui est à refaire et [la ministre Bennett] en est consciente. Elle sait également ce qui est prioritaire; les organismes autochtones n’écrivent pas des mémoires chaque année pour rien. Il est bien plus facile de prétendre ignorer nos besoins que de passer à l’action.

Je dois avouer que la déclaration du premier ministre sur les structures coloniales m’a bien fait rire. Il suffit d’écouter la militante Cindy Blackstock pour se rendre compte que le Parti libéral continue volontairement de garder les enfants autochtones dans une situation de précarité, et ce, même après que le Tribunal canadien des droits de la personne lui a ordonné de cesser de discriminer ceux-ci, il y a maintenant deux ans. Il est également important de souligner que le gouvernement Trudeau n’est pas très enclin à voter en faveur de C-262, qui vise à obliger que les lois fédérales soient en harmonie avec la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Malgré tout l’appui à ce projet de loi, même de la part de plusieurs Églises, Trudeau fait la sourde oreille. Comme il est pro-oléoducs, l’article 26 de la déclaration sur la souveraineté territoriale lui fait certainement peur.

Le petit jeu des libéraux est très évident. Dans un article intitulé «Was it an AFN assembly or a Liberal party meeting?», Russell Diabo, éditeur du First Nations Strategic Bulletin, rappelle que Trudeau et son gouvernement auraient créé de 40 à 50 tables de discussion, afin de développer un cadre politique de nation à nation visant à répondre aux besoins des Autochtones. Par contre, M. Trudeau refuse catégoriquement de divulguer avec quels acteurs il s’assoit. J’ai parlé avec des personnes qui sont sur ces mystérieuses tables de discussion et le constat est le même: le gouvernement leur donne un mandat très large et des délais très courts pour remettre des rapports de recommandations. Carolyn Bennett sait très bien ce qu’elle fait lorsqu’elle demande simplement: «De quoi avez-vous besoin?» C’est tout un système qui est à refaire et elle en est consciente. Elle sait également ce qui est prioritaire; les organismes autochtones n’écrivent pas des mémoires chaque année pour rien. Il est bien plus facile de prétendre ignorer nos besoins que de passer à l’action.

Les promesses non tenues de ce gouvernement dans le dossier autochtone me font douter de la sincérité du geste. Un tweet de @GwitchinKris résume assez bien ma pensée: «Combien de ministères des Affaires autochtones et du Nord Canada faut-il pour administrer la pauvreté?»

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