Dans le dernier mois, quatre travailleuses du sexe ont été assassinées au pays. La dernière victime, Sisi Thibert, une travailleuse du sexe trans, a été froidement abattue lundi. Une fois de plus, on a attendu que le pire arrive pour écouter les personnes trans lorsqu’elles parlent des violences dirigées à leur endroit.

Selon plusieurs sources, Sisi Thibert s’est tournée vers le travail du sexe pour payer les frais liés à sa transition. Au Québec, seulement la vaginoplastie est couverte, sauf pour les femmes trans migrantes, pour qui rien n’est couvert. Il faut donc payer le laser pour la pilosité faciale, l’augmentation mammaire, etc. La transition pour les femmes trans, migrantes ou non, peut s’avérer coûteuse, tandis que pour les hommes trans non migrants, tout est payé par la RAMQ. Des militant(e)s trans m’expliquent que pour payer les chirurgies, les hommes trans migrants se tournent souvent vers la vente de drogues, car le travail du sexe est moins lucratif pour eux. Vu les coûts élevés des chirurgies, la plupart préfèrent seulement prendre des hormones. Juste pour les documents officiels, le processus est plus difficile pour les personnes trans migrantes. Elles doivent attendre 10 ans avant de pouvoir changer la mention de sexe et de prénom sur leurs documents officiels. Sans ce changement, il est pratiquement impossible de «transitionner». Comme l’expliquait à TVA Adrianna Diaz, originaire du Mexique et installée au Québec, lors d’un rassemblement pour les droits des migrants trans: «Imaginez que, sur tous vos papiers, on garde la même photo, mais qu’on change le nom et le sexe. Vous allez voir que vous aurez de la misère à la banque ou à la poste.» Si on ne dispose pas d’argent pour des frais d’avocat, les démarches sont affreusement longues.

La transphobie apporte aussi son lot de violence physique envers les personnes trans: 20% d’entre elles affirment en avoir été victimes. Le taux grimpe chez les travailleuses et travailleurs du sexe trans. La fétichisation et la honte liée à l’attirance sexuelle envers elles et eux exacerbent les réactions violentes des clients. La stigmatisation des personnes trans et la chosification des travailleuses et travailleurs du sexe ont donc de graves conséquences et on tarde à s’attaquer au problème.

Lorsqu’on se moque des personnes trans ou qu’on minimise – voire nie – toutes les violences auxquelles elles font face chaque jour, je deviens choquée. Récemment, à l’UQAM, souvent qualifiée de «cégep de gauche», la porte d’un local pour les membres de la communauté 2SLGBTQI+ a été marquée d’un message haineux. «Dérive des genres, stabilité des sexes», pouvait-on lire. La violence, elle est partout. D’ailleurs, combien de morts faudra-t-il encore pour qu’on se dote de lois qui protègent les droits des personnes trans et des travailleuses et travailleurs du sexe?

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