J’ai toujours été fascinée par les tatouages. Il y a une dizaine d’années, mon père est revenu d’un voyage en terres maories, la poitrine ornée d’un magnifique moko. Les Maoris ont un style traditionnel de tatouage que vous connaissez probablement : le style polynésien est assez distinctif et répandu.

Les Maoris ne sont pas les seuls à se réapproprier leurs mokos, leurs tatouages. Ici, au Canada, les Autochtones font un véritable travail de revitalisation des modifications corporelles. Demain, plusieurs artistes de partout au pays se réuniront au camp Nimkii Aazhibikong, un camp culturel autochtone en Ontario. Là-bas, dans la forêt, on donne des cours de langues afin d’assurer leur survie. Mais demain, les tatouages seront à l’honneur. Le Traditional Indigenous Tattoo Gathering réunit une liste assez impressionnante d’artistes: Christi Belcourt, Kanahus Manuel, Isaac Murdoch, Alethea Arnaquq-Baril, Marjorie Tahbone et plusieurs autres. Ils sont Secwepemc, Inuit, Anishnabeg, Inuit, Haudenosaunee, Maori, Métis, Inupiaq, Zahuatlán et Nlaka’pamux, et ils tatoueront, parleront des enseignements derrière leur style respectif et se réapproprieront ce qui leur a un jour été interdit.

Avant la colonisation, beaucoup d’Autochtones du Canada arboraient des tatouages. Que ce soit sur le visage, les doigts, les bras, les jambes et même sur tout le corps, des motifs et des dessins leur étaient transmis par leurs rêves ou par leurs aînés. Il est dur de dresser un portrait global des tatouages traditionnels, car les cultures et les enseignements à l’origine ceux-ci varient énormément et sont très riches.

Par exemple, chez les Inuit, les femmes se faisaient tatouer lors de leurs premières menstruations. Les tatouages qu’elles portaient célébraient leur entrée dans l’âge adulte. Tous leurs tunniit signifiaient quelque chose. Dans certaines régions, on tatouait même les morts pour les protéger des mauvais esprits, considérant qu’ils sont plus vulnérables quand ils changent de monde. On tatouait aussi les femmes pour qu’elles soient fortes après leur mort, car le processus avec l’aiguille et le fil était extrêmement douloureux. Chez d’autres peuples, les tatouages étaient purement décoratifs ou servaient de protection. La colonisation a grandement nui à ces traditions. Comme on ne nous laissait pas pratiquer nos cultures comme on le voulait, les tatouages ont presque sombré dans l’oubli. Si ceux-ci connaissent un engouement depuis quelques années, on le doit entres autres à plusieurs femmes dont Hovak Johnson, Alethea Arnaquq-Baril – qui a réalisé un superbe documentaire là-dessus – et Kahanus Manuel. Voir des jeunes Autochtones arborer fièrement leurs tatouages traditionnels est quelque chose de puissant.

J’ai moi-même plusieurs tatouages (oui oui). Seize, pour être exacte. Chacun d’eux raconte une histoire, un rêve, ou m’a aidée à assumer un événement traumatisant et à m’en remettre. Récemment, j’ai même décidé d’arborer les tatouages traditionnels que les Cris avaient jadis au visage. Les réactions ont été tellement mauvaises et dégradantes que ça a ajouté du poids à mon statement. Ces personnes ont prouvé mon point.

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