Je vous avouerai que j’ai longuement fixé mon ordinateur, avant d’écrire ces mots. La semaine dernière a été éprouvante. J’aurais pu écrire sur #MoiAussi ou sur l’aberration que représente la loi 62, mais j’ai comme un sentiment d’épuisement et l’impression que tout a été dit ou presque. L’automne est une saison où j’essaie de prendre soin de moi et de m’accorder le repos dont j’ai besoin. J’ai mon rituel d’automne : je passe moins de temps sur mon cellulaire, je lis des livres et j’écoute des séries.

L’autre jour, alors que j’étais très occupée à ne rien faire, je suis tombée sur la série Frontier. La série nous replonge au XVIIIe siècle à l’époque où la Compagnie de la Baie d’Hudson détient le monopole de la traite de fourrures au Nouveau Monde. Le personnage principal, Declan Harp (Jason Momoa), un Irlando-Cri, part dans une croisade très sanglante contre la Compagnie de la Baie d’Hudson, en quête de justice pour les siens. Ça m’a un peu assommée, car rares sont les fois où on parle «comme moi» dans de grosses productions. Déjà dans les premiers épisodes, on peut entendre l’accent québécois, voir Montréal et reconnaître les conflits abordés. J’ai surtout été enthousiasmée de voir Tantoo Cardinal sur mon écran, car en plus d’être Crie, c’est une militante et une actrice que j’aime d’amour. Quand celle-ci s’est exprimée en cri avec les autres personnages, j’ai hurlé: «OH MY GOD, JE COMPRENDS QUAND ELLE PARLE!»

Bien que j’aurais abordé les conflits entre Autochtones et colonisateurs autrement, que j’aurais mis plus d’efforts dans les costumes des Cris (les plumes du Dollorama, c’est non) et que le jeu des acteurs soit parfois moyen, j’étais somme toute heureuse de pouvoir m’identifier à des personnages dans une série. Pas juste des Autochtones là, non : des Cris et des Cris métissés. Comme dit mon grand-père : «C’est mieux qu’une claque sua’ gueule.»

À l’époque, si je voulais voir des émissions de télé où je me sentais représentée, je devais mettre la télévision à APTN et regarder Wapos Bay. On s’entend que c’est
un peu difficile de s’identifier à des personnages en pâte à modeler. Maintenant, j’ai réellement l’impression que les Autochtones se sont lancés à la conquête du petit et du grand écran. J’ai aussi remarqué que les temps changent et que la manière dont on dépeint les miens dans les films a changé. Ça me rappelle un tweet de Waubgeshig Rice qui disait : «Étant enfant, jamais je n’aurais pensé voir un Anishnabe animer The National. Ce soir, les Nish kids pourront regarder Duncan McCue le faire.» On se moque souvent des gens qui demandent une plus grande représentation d’un groupe à la télévision ou au cinéma, mais ça fait réellement une différence. Dans des temps aussi durs, j’aime savourer ce genre de petites victoires.

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