Il y a maintenant plusieurs mois qu’Autochtones et Allochtones se mobilisent et s’organisent partout au pays, demandant l’adoption du projet de loi C-262 visant à harmoniser les lois fédérales avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des Peuples autochtones. J’en parle souvent dans mes chroniques, car la déclaration constitue le meilleur outil pour se débarrasser de la honteuse Loi sur les Indiens. Mardi, la Chambre des communes a débattu le projet de loi en deuxième lecture et j’ai été témoin de quelque chose de grandiose.

Mon père a passé 10 ans au pensionnat autochtone de La Tuque, où il a été incarcéré politiquement, culturellement, linguistiquement et même spirituellement, selon son discours de mardi. Ayant soif de justice, il a ensuite étudié à l’UQAM et est devenu le premier Cri à obtenir un diplôme de droit. Multipliant les voyages à Genève pendant 23 ans, il a fait partie des artisans de la Déclaration des Nations unies sur les droits des Peuples autochtones. C’était d’ailleurs une de ses grandes motivations lorsqu’il s’est lancé en politique : s’assurer que celle-ci soit complètement mise en œuvre au pays. Comme il l’a réitéré en débat mardi, la déclaration ne crée pas de nouveaux droits, elle les clarifie. La Loi constitutionnelle de 1982, avec son article 35, vient confirmer nos droits, mais force est de constater que nous avons seulement acquis l’égalité de droit et non de fait. La déclaration, sans être la solution au colonialisme, est le meilleur cadre de travail à utiliser si le gouvernement veut se lancer dans un réel processus de réconciliation. C’est dans cet esprit que mon père a tendu la main à tous les partis à la Chambre des communes, mentionnant qu’un de ses deux souhaits en sortant du pensionnat était de se réconcilier avec ceux qui l’avaient enlevé pendant 10 ans de son territoire et de sa famille. Mardi, j’ai vu un homme profondément blessé, mais fort, mettre de côté toute sa haine et sa tristesse au nom de la décolonisation.

Quand les libéraux ont confirmé vouloir appuyer le projet de loi, j’ai fondu en larmes dans les bras de mon père à sa sortie. Lui aussi, d’ailleurs. Il m’a simplement dit: «Tu vois? Ça vaut la peine de se battre. J’en ai fait assez, maintenant c’est ton tour.» Mais comment on arrive à se battre aussi fort qu’un monument vivant? Je suis allée au lit mardi soir, pleine d’espoir, mais aussi en ressentant une pression énorme. Je pense alors à tous les jeunes qui militent pour nos droits et notre dignité partout au pays. Mon père a commencé sa carrière en écoutant un avocat en droit constitutionnel parler et en se disant: «F***! I can do that!» Je suis certaine que les 11 jeunes qui m’accompagnaient mardi se sont dit la même chose en le voyant parler d’une voix claire une langue encore interdite au parlement. Une langue qui était parlée bien avant la création de cette institution.

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