Il y a maintenant deux mois que je suis confortablement installée dans ma forteresse boréale d’Eeyou Istchee. La grand’ville ne me manque point et je sens que le retour va faire très mal. Au moins, je sais que je sais que je serai de retour à moult reprises cet été, et que je repartirai à Mont­réal avec plein de souvenirs et d’enseignements que je porterai en moi toute ma vie.

Ici, je suis très attentive aux histoires des aînés, mais aussi des jeunes. Ma job consiste essentiellement à parler de culture, et je constate parfois avec inquiétude que nous sommes mûrs pour un dialogue intergénérationnel. Je suis arrivée au même constat, à l’intérieur de ma famille. Durant les dernières années, je me suis rapprochée de ma culture, et le chemin pour me la réapproprier est cahoteux. Je me suis heurtée à beaucoup de: «You should know that by now.» Comme je l’ai souvent mentionné, la violence latérale est très dommageable pour l’estime de soi.

Le transfert de savoir se perd dans nos communautés. Nous connaissons les facteurs qui ont entraîné une telle conséquence, mais les actions concrètes pour changer la donne prennent du temps à être mises en place. Les aînés s’en vont et amènent avec eux des enseignements et un savoir-faire précieux. Beaucoup de pression repose sur les épaules de notre jeunesse et, bien franchement, on se sent souvent comme une partie du problème et non de la solution. Marteler aux jeunes qu’il faut écouter lorsqu’on essaie de leur enseigner quelque chose ne constitue pas la solution miracle. Décoloniser, c’est revenir à nos structures sociales d’antan et apprendre à tout le monde dans la communauté qu’ils ont des responsabilités quant à l’eeyou itun (culture crie).

Je nous trouve parfois durs avec les jeunes, en disant que tout ce qui les intéresse, c’est leur cellulaire. En discutant avec des étudiants du secondaire, on se rend compte très vite que beaucoup d’entre eux ne savent pas comment demander des enseignements à leurs parents ou à leurs grands-parents. Beaucoup d’entre nous n’ont pas reçu ces outils de saine communication avec nos proches. Surtout, il y a tellement de choses qu’on ne nous a pas enseignées qu’il est facile de s’éparpiller, et lorsqu’on essaie de tout faire en même temps, on finit par se planter. C’est intimidant et décourageant.

Il y a bien des choses qu’on aimerait vous dire et on ne sait pas par où commencer ou comment le faire. Nous sommes beaucoup à avoir soif de temps de qualité avec notre famille, et pas juste pendant le Goose Break. Si vous prenez le temps de nous enseigner des choses, plusieurs d’entre nous vont chérir ces moments. Tout le monde s’en portera mieux.

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