Vous êtes probablement familiers avec les très problématiques voyages humanitaires. Je ne dis pas qu’ils le sont tous, mais la majorité se font avec des intentions questionnables. Il y a quelque chose de fascinant – et de triste – dans ce phénomène de jeunes Blancs qui pensent sauver le tiers-monde en distribuant des barres tendres en Afrique. Dans le Nord, on a aussi le même problème. De plus en plus d’Allochtones passent quelque temps dans nos communautés avec l’intention de sauver les Autochtones. C’est un problème difficile à soulever. Ces personnes croient sincèrement être des alliés et nous accusent de racisme, en nous renvoyant en pleine face l’argument de la main tendue si on ose questionner leurs intentions. C’est dommage de voir que beaucoup ne sont pas capables de faire une introspection.

J’en entends beaucoup, des histoires de ces sauveurs ici. Certains arrivent ici, commencent des projets sans consulter les départements et partent au bout de quelques mois en laissant au passage des enfants déçus de ne pas continuer leurs activités. Il y a aussi cette habitude agaçante de poser au milieu d’enfants autochtones pour Instagram, comme s’ils étaient de simples accessoires exotiques. Bref, des photos qui les dépeignent comme des héros des «pauvres indiens». Ça fait mal à notre dignité et nie complètement le travail des gens dans nos communautés. Ces comportements, même les gens qui ne sont pas de la communauté les dénoncent. Beaucoup de gens de l’extérieur sont installés ici depuis des dizaines d’années et font maintenant partie intégrante de nos réserves. Ces gens se sont adaptés et, contrairement aux «sauveurs», ils n’imposent pas leurs manières ici.

Certains sauveurs retournent dans les milieux urbains avec une interprétation erronée de nos cultures et de nos codes sociaux. Ils s’invitent dans les débats, font des commentaires racistes, en prétendant tout savoir après quelques mois passés dans une communauté autochtone. Certains viennent ici uniquement pour le chèque de prime d’éloignement. Tout ça, à la longue, devient agaçant.

Les Autochtones n’ont pas besoin d’être sauvés. Nous avons besoin de souveraineté territoriale, d’autonomie dans les services qu’on administre et de services culturellement adaptés, pour ne nommer que ceux-là. Imposer des manières de faire qui ne correspondent pas à nos modes de vie mène automatiquement à l’échec. Je vous invite à découvrir nos territoires, oui, mais faites attention à vos comportements quand vous venez ici. Vous avez beaucoup à apprendre sur nous. Écoutez au lieu de penser que vous allez tout nous apprendre. Et je dis ça en tout respect, vraiment.

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