Getty Images/iStockphoto Une peau d'orignal.

Dans mes péripéties toujours aussi kafkaïennes, je suis prise à Oujé-Bougoumou, incapable de revenir à Montréal. Bon, ce n’est pas comme si c’était la fin du monde, car la période de la chasse à l’outarde pour les Cris arrive bientôt. Comme les miens, j’irai passer quelques semaines en forêt à cette occasion. Tant qu’à être plus longtemps à la maison, j’ai passé la fin de semaine dans le bois avec mes amies, car elles avaient besoin d’aide avec une peau d’orignal (muusuyaan).

C’est drôle, parce que dans une autre vie, ce n’est pas exactement comme ça que je passais mes samedis soirs. Deux peaux d’orignal (muusuyaanch) plus tard, je suis courbaturée et j’ai des cloques sur la main droite. Pourtant, je n’ai fait qu’une seule étape d’un long processus. Après avoir coupé les poils, il faut gratter le gras et la première couche de peau, la faire tremper, la tordre, la faire sécher et ensuite la tanner. J’ai souvent vu des gens se plaindre du prix d’une peau tannée, mais lorsqu’on voit tout le travail derrière, on comprend mieux.

Fait particulièrement intéressant: ce sont deux jeunes femmes de mon âge qui m’ont appris les rudiments du nettoyage des peaux. J’ai la chance de venir d’un endroit où la culture survit malgré tout, et parfois ce sont les jeunes qui s’occupent de passer le savoir à leurs pairs. Ici, souvent, deux options s’offrent à nous: la culture ou l’école. Ceux qui choisissent la culture sont encore trop peu valorisés. Malgré que le traité moderne sous lequel nous sommes nous permet d’avoir une commission scolaire, les jeunes aimeraient avoir plus de cours de langue crie et de culture crie. Dans le mode de vie qui nous a été imposé, il est difficile d’équilibrer les deux mondes. Il y a tant à apprendre et si peu de temps.

Quand je fais des interventions auprès des jeunes, j’essaie de leur rappeler à quel point leur apport à la culture est important. Un jeune qui garde le savoir-faire cri est aussi précieux qu’un jeune qui obtient un diplôme universitaire. Je suis aussi à l’âge où je dois faire ce choix. Si je regarde les Cris ailleurs au Canada (il y a des Cris jusqu’en Colombie-Britannique) qui ont beaucoup perdu, je me compte chanceuse d’appartenir à un peuple qui a su garder sa langue et sa culture. Par contre, on ne doit pas s’asseoir sur ce privilège. La lourde responsabilité de protéger ce que nous sommes repose sur nos épaules et ça peut être très intimidant, mais c’est le plus bel exemple de résistance. Continuez de tanner vos peaux, de faire vos raquettes, de retourner dans les cérémonies traditionnelles et de passer du temps sur la ligne de trappe de votre famille! Vous mettez un baume sur le cœur de nos grands-parents qui ont tant souffert de la colonisation.

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