Après d’innombrables changements de plan et d’appels à l’aide sur Facebook, j’ai finalement réussi à revenir à Montréal. Le changement est radical et j’essaie de m’ajuster du mieux que je le peux. Je crois que ce qui me frappe le plus à chaque fois que je reviens, ce sont les paysages. S’il fait gris en Eeyou Istchee, au moins il y a les grandes épinettes noires et les plans d’eau à proximité. Nos réserves sont souvent établies aux abords d’une rivière ou d’un grand lac, sur d’anciens postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Si on se lasse de regarder le bardeau couleur olive qui recouvre les maisons du ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada, il y a toujours un endroit pas très loin pour admirer la nature.

Si mon territoire est magnifique, il est aussi fragile. Les hardes de caribous sont de moins en moins nombreuses : la harde de la rivière aux Feuilles est en un bon exemple. Le caribou agit aussi comme espèce indicatrice, donc on peut obtenir des informations sur la condition totale d’un écosystème en se basant sur l’état de l’espèce.

On l’a vu aussi à Val-d’Or: la lourde exploitation minière et forestière a fait baisser le nombre de caribous forestiers de la région à une minuscule population de 18 bêtes que le gouvernement refuse de protéger en raison des coûts que ça engendrerait. On a souvent tenté de montrer du doigt les Autochtones pour le déclin de ces populations, mais les nombreux rapports démontrent que nos chasses de subsistance n’en sont pas la cause. Mais on porte très peu attention à ce qui se passe dans le Nord. Je ne sais même pas si les gens savent que Goldcorp est installée à la Baie-James. Pour ceux qui l’ignorent, Goldcorp a très mauvaise réputation à l’international. Contamination de nappes phréatiques et de cours d’eau, contamination de bétail et de cultures maraîchères, graves effets sur la santé de certaines populations, violence envers les opposants à différents projets et j’en passe. La liste est longue, et pourtant on les accueille au Québec à bras ouverts. Je me demande aussi de plus en plus quel est notre grand projet de société, car mon souhait serait que l’environnement le devienne. Nul besoin de rappeler que, si l’environnement ne se porte pas bien, c’est nous tous qui en payons le prix.

La vie fait en sorte que je ne peux rester sur mon territoire pour le moment. Je dois vivre dans une métropole qui ne me ressemble en rien. Si la province doit penser à son projet de société, Montréal aussi. On a porté à mon attention que beaucoup de gens à Montréal, plus particulièrement dans les quartiers défavorisés, ne sont jamais sortis de l’île. S’il est impossible pour eux d’aller voir la forêt, nous devons repenser notre ville. Je sais pertinemment pourquoi Mont­réal me rend malade et me donne le vertige : le manque d’espaces verts. Montréal serait tellement plus belle si elle était moins grise et plus verte.

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