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Les derniers jours ont été éprouvants. Être à l’affût de l’actualité fait partie de mon travail, mais regarder les centaines de topos sur les camps d’enfants immigrants aux États-Unis m’a mise à l’envers. Je passe beaucoup de temps avec mon père ces temps-ci, car je constitue un des meilleurs soutiens auxquels il a accès, et c’est réciproque. Mais s’asseoir devant la télévision avec un survivant des pensionnats autochtones et regarder des enfants pleurer leur mère à la télévision m’a carrément donné le vertige. On estime que ces enfants sont séparés de leurs parents pendant un mois en moyenne. Papa, lui, on l’a séparé des siens pendant 10 ans. Il m’a déjà dit: «La première nuit au pensionnat, c’est leur mère que les petits garçons pleuraient dans mon dortoir.»

Utiliser des enfants comme armes dans des politiques violentes n’est pas nouveau. On a fait la même chose ici : on a menacé les parents autochtones qui refusaient de laisser leurs enfants aux mains des agents des Affaires indiennes. On leur disait que des sanctions criminelles allaient être prises contre eux ou qu’on allait leur couper les rations alimentaires de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Il me fait plaisir de voir tant de gens mobilisés pour la sécurité et pour le bien-être des enfants dans les camps aux États-Unis. Sans cette mobilisation, le décret pour arrêter cette politique n’aurait pas été signé par le président Trump hier. Mais mon cœur me fait mal, car les miens n’ont pas bénéficié et ne bénéficient toujours pas d’une telle mobilisation.

Au Manitoba, l’État arrache un enfant autochtone à ses parents chaque jour. 10 000 des 11 000 enfants en famille d’accueil sont autochtones. 7 % des enfants au pays sont autochtones. Pourtant, au Canada, presque la moitié des enfants en bas de quatre ans en famille d’accueil sont issus des communautés autochtones. Quand un système travaille à ce qu’on soit plongé dans une pauvreté organisée et que cette pauvreté constitue un critère pour qu’un enfant soit placé en famille d’accueil, ne venez pas me dire que l’assimilation au Canada est chose du passé. Selon l’article 2.E de la Convention sur le génocide des Nations unies, un transfert forcé (par ceci, on entend «systématique et systémique») d’enfants d’un groupe à un autre fait partie de la définition d’un génocide. Des études démontrent d’ailleurs que les enfants autochtones issus de familles d’accueil sont plus à risque de se retrouver dans la rue.

Quand on s’insurge contre les États-Unis dans le dossier des enfants immigrants, je trouve ça bien ironique, dans la mesure où le Canada s’est déjà adonné au même genre de pratiques avec les demandeurs d’asile. Quand Justin Trudeau dit qu’il «ne peut pas imaginer ce que les familles endurent» et que «ce n’est pas comme ça qu’on fait les choses ici», je pense aux enfants autochtones coupés de leur famille et de leur culture. Mon sang bout, surtout que très peu de mesures concrètes sont prises pour changer la donne.

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