Mon prénom est d’origine basque et vient du mot maite, qui veut dire «amour». Mes parents m’ont donné ce nom en l’honneur de leur amie, car dans mon coin de pays, on aime nommer ses enfants en l’honneur de quelqu’un d’autre. Je n’ai pas eu un magnifique prénom en eeyou iyimun comme certains de mes amis ici, mais beaucoup m’appellent «Miti», sachant que ma grand-mère m’appelle ainsi. Nuhkum, ma grand-mère, se demande parfois pourquoi nous donnons toujours des noms qu’elle n’est pas capable de prononcer. Mon prénom n’est pas cri et est dur à prononcer pour des anglophones. Bref, je maudis souvent mes parents de m’avoir donné un nom que personne n’est capable de dire sur la «rez». Quoique, plus j’y pense, plus je me rends compte que, si on m’avait donné un prénom en eeyou iyimun, les gens en dehors d’Eeyou Istchee ne seraient pas plus capables de le dire correctement. Être le produit d’un métissage, c’est aussi ça.

À Mistissini, les gens pensent aussi que je viens du Moyen-Orient, ce que je trouve absolument hilarant. J’avoue qu’en regardant ma face, ce n’est pas très clair, donc j’essaie souvent de me présenter dans notre langue. S’ensuivent les questions habituelles. «De quelle communauté es-tu?» «Qui sont tes parents?» Nos communautés sont petites, donc la question sur les parents suffit habituellement. Je me suis habituée à ne pas automatiquement me faire reconnaître comme membre de la communauté, mais il y a des journées où c’est plus difficile que d’autres.

Mon cousin est en stage à la clinique à Mistissini. Il a décidé de s’en aller en médecine, après avoir étudié six ans en linguistique. Petit changement de carrière relaxe. Kevin a passé beaucoup de temps avec les aînés ici et a un bon bagage d’histoires. En échangeant sur le concept d’identité, il m’a appris que les anciens avaient un mot pour les gens comme nous: «wemištikōšīhkān». Nous étions considérés comme des Cris, pas comme une moitié. Les Cris, traditionnellement, ne niaient pas la parenté. L’idée que nous avons un pourcentage de sang autochtone vient de la Loi sur les Indiens et cette vision de l’identité, qui n’est pas la nôtre, a fait des dommages dans nos communautés. Souvent, les gens comme moi sont appelés «âpihtaw-iyiniw» par les plus jeunes générations, ce qui veut dire «moitié Cris», donc qui est incorrect, selon ce que les aînés ont dit à mon cousin. Même si je suis maintenant à l’aise dans mon identité, entendre de telles histoires fait chaud au cœur.

Les gens comme moi étaient autrefois vus comme des atouts pour nos communautés, puisque souvent, ils parlaient deux langues. Nous n’étions pas considérés comme des bâtards. Ceux qui étaient métissés dans nos communautés n’avaient pas un statut social moins élevé, comme on voyait en dehors de celles-ci. Je trouve ça beau, parce que je sens que j’ai peut-être davantage ma place dans ma communauté que je ne le pensais.

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