Josie Desmarais/Métro

Quand je pense à Montréal, une des premières choses qui me viennent en tête est la très brune tour de Radio-Canada. Il y a toujours eu une petite place dans mon cœur pour la tour. J’habitais juste à côté lors de mes premiers mois à Montréal. Je l’ai aussi toujours associée à ma tante Emma, puisque je vais la voir à son travail pour CBC North depuis que je suis toute petite. Vendredi dernier, ma tante a pris sa retraite après plus de 40 ans de service. Quarante ans de travail journalistique honnête, sensible, et ce, en langue crie.

Nombreux sont ceux qui ignorent que les Cris produisent du contenu médiatique de qualité, et que celui-ci est retransmis par le diffuseur public. Les histoires d’Eeyou Istchee et de ses habitants sont racontées à la télévision, à la radio et sur le web. Au fil de son parcours, Emma a largement contribué à produire ce contenu. Je me souviens aussi de l’époque où elle animait Maamuitaau, une émission de télévision diffusée sur CBC le dimanche lorsque j’étais plus jeune. J’étais tellement impressionnée de la voir régulièrement à la télé! Pour moi, ma tante Emma était une célébrité. Quand je passais à la tour, je la voyais dans le même lieu de travail que d’autres célébrités et ça m’impressionnait. Comme disait Joy Blacksmith-Kitchen, une femme de ma communauté, sur Facebook: «Je me rappelle que ma mère m’amenait à la tour lorsque j’étais jeune. J’étais fascinée de voir que des femmes y travaillaient.» Avec un leadership encore majoritairement masculin, il est vrai que voir des femmes comme Emma occuper des postes (car elle a occupé tous les postes possibles dans l’unité) si importants a permis aux jeunes filles de Waswanipi de rêver. Au fils des ans, ma tante a raconté beaucoup d’histoires, dont plusieurs difficiles à mettre en mots. Emma était encore au pensionnat lorsqu’elle a songé la première fois à faire ce travail. Je suis certaine qu’elle a été replongée dans sa propre histoire plusieurs fois alors qu’elle racontait celle des autres, mais mes tantes ont ce don de se tenir droite et avec dignité.

À l’époque où je regardais ma tante animer Maamuitaau, jamais je n’aurais pensé écrire dans un journal ou parler à la télévision. Avec le recul, je me rends compte que son travail a joué un rôle important dans le choix du mien. J’ai écouté et lu les hommages à Emma vendredi avec beaucoup d’émotion. Je suis heureuse qu’elle ait eu un impact positif sur les jeunes qui ont eu la chance de travailler avec elle. Vincent Georgekish l’a qualifiée de légende, et elle ne mérite rien de moins. Si vous passez par Radio-Canada, vous demanderez à Robert à la réception comment on dit «bonjour» en cri. Grâce à Emma, il saura vous répondre.

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