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J’étais récemment de passage dans un cours de français langue seconde, devant des étudiants universitaires, pour parler des peuples autochtones. Tous les étudiants étaient immigrants venus d’un peu partout dans le monde, le but du cours étant de les familiariser avec les mœurs et la culture populaire québécoises. L’exercice était intéressant puisqu’il nous a permis de créer certains liens entre nos situations, en tant que groupes minoritaires au Québec.

Nos situations sont bien sûr différentes et ne relèvent pas du même contexte, mais nous partageons certains points communs. Dans le cadre du cours, ils ont suivi la campagne électorale au Québec puisque leurs professeurs leur demandent de suivre l’actualité pour ensuite en discuter. Il a été désolant de voir qu’on a encore parlé des immigrants surtout comme de la main-d’œuvre. Même chose pour les Autochtones. Philippe Couillard est même allé jusqu’à dire que ce que les Autochtones veulent, c’est la dignité de l’emploi. Beaucoup se plaignent en disant que les Autochtones ne paient pas de taxes (nous avons démonté ce préjugé ensemble bien souvent) et que ce sont les Allochtones qui nous font vivre en payant pour nos chèques de bien-être social. On nous reproche donc de ne pas être d’assez bons acteurs économiques. Quand on parle d’immigrants, on veut qu’ils travaillent, mais on leur met ensuite des bâtons dans les roues en ne reconnaissant pas leurs diplômes. On essaie d’empêcher ceux qui portent des signes religieux ostentatoires d’accéder à la fonction publique, puis ensuite, on se plaint qu’ils se coupent du reste de la société québécoise. Je trouve le discours contradictoire. Puis, nous ne sommes pas juste des acteurs économiques: nous sommes aussi des humains. Tout ça nous a aussi amenés à discuter de l’exode des cerveaux. Dans les communautés autochtones, ça se passe différemment. Au lieu d’obtenir une éducation dans un pays pour ensuite le quitter et aller travailler dans un autre, on quitte la communauté pour obtenir un diplôme d’études post­secondaires, puis on ne trouve pas d’emploi quand on y retourne. Ça pousse beaucoup d’entre nous à choisir un champ d’études qui nous assurera un emploi à la maison ou à simplement devoir travailler en ville, loin de tout ce qui nous ressemble.

Ensemble, nous avons discuté de spiritualité, d’environnement et de traités modernes, comme la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), mais j’étais surtout là pour répondre à leurs questions, autour d’une bannique et de confiture. Des préjugés sur nous, ils en entendent, et je tenais à ce qu’ils puissent avoir un espace où ils peuvent poser les questions nécessaires, d’humain à humain. Il est soulageant de voir de tels échanges prendre place par des temps où il manque cruellement d’espaces où l’on peut
discuter dans le respect.

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