Darwin l’a dit, il faut s’adapter. On peut toutefois être nostalgique de l’époque où l’intensité de la campagne électorale culminait durant la joute oratoire entre les chefs : le débat. Tous les télé­diffuseurs faisaient une trêve pour présenter les échanges entre tous les chefs des formations politiques représentées au Parlement. L’événement avait une incidence majeure sur le choix des électeurs. Il pouvait faire ou défaire le gouvernement.

Mais la formule habituelle ne sera pas utilisée en vue de l’élection fédérale du 19 octobre prochain. L’équipe de Stephen Harper a pris les devants. Elle a rejeté l’offre du consortium CBC, Radio-Canada, Global et CTV pour accepter celle de TVA et du magazine Maclean’s. Ce qui met un terme au temps où tous les électeurs se réunissaient autour de leur téléviseur pour une période de grâce électorale. Dorénavant, la grand-messe politique se transformera en débats avec un «s». Pour l’instant, le porte-parole du premier ministre a indiqué que M. Harper participerait à au moins cinq rencontres.

En faisant cette annonce, les conservateurs changent les règles du jeu. Ils confirment la fin du consortium des médias et diminuent d’autant le pouvoir de négociation des autres formations politiques. La brèche avait été faite dès 2012 au Québec. Le consortium s’était divisé pour offrir un débat traditionnel à la société d’État et une série de face-à-face à un réseau de télévision privée. Le porte-parole des conservateurs, Kory Teneycke, ancien dirigeant de Sun News, a justifié la décision en invoquant que «la diversité et l’innovation inhérentes aux différents médias et aux différentes approches sont importantes.»
Même si elle avait l’avantage d’être un événement incontournable pour l’électeur, la méthode d’antan n’était pas parfaite, bien au contraire. Les chefs jouaient leur va-tout en une soirée. Leur fin de campagne reposait alors sur la qualité de leur performance. Tout récemment, Rachel Notley en Alberta a même tiré profit de son affrontement avec Jim Prentice. Pourtant, jouer sa carrière en une soirée est assez limitatif, quand on sait que le gagnant aura à gouverner pour cinq ans.

Si l’ancienne formule permettait aux électeurs de se faire une tête dans le cadre d’un événement, ils auront maintenant le choix du format et du moment pour évaluer les performances des chefs. Ce sera donc moins de pression pour les élus et plusieurs chances de faire une bonne impression, mais plus de travail pour les électeurs qui voudront suivre tous les débats. Les Canadiens auront toutefois une occasion de voir les chefs dans divers contextes.

Si l’adaptabilité doit primer chez l’électeur, c’est aussi le cas pour le premier ministre. Il devra faire face à de tout nouveaux joueurs, puisque le décès de Jack Layton et le départ de la vie politique de Michael Ignatieff et de Gilles Duceppe ont complètement renouvelé le visage de l’opposition. La rapidité avec laquelle les conservateurs se sont empressés d’agir dans le choix du format des débats, avec l’accord du NPD, n’est pas anodine. Chaque acteur souhaite un format qui l’avantage. Dans ce cas-ci, ce sont les libéraux de Justin Trudeau qui semblent pris au dépourvu.

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