Chaque semaine de campagne apporte son défi. Depuis le déclenchement, les plans des partis politiques fédéraux sont constamment bousculés. Des éléments extérieurs les forcent à se positionner sur des enjeux qui ne sont pas toujours en tête de liste de leur stratégie. Cette semaine, la Cour d’appel fédérale a rendu sur le banc une décision invalidant le règlement qui interdit le port du niqab durant les cérémonies de citoyenneté.

Reprenant rapidement la balle au bond, le gouvernement conservateur a décidé d’en appeler devant la Cour suprême. Ce qui n’est pas sans plaire à la majeure partie de l’électorat. Selon un sondage Global News-Ipsos Reid publié en mars dernier, 88 % des Canadiens croient que le serment de citoyenneté doit se faire à visage découvert. Le portrait que dépeignait ce coup de sonde est d’autant plus intéressant qu’il démontre le même état d’esprit, peu importe l’allégeance politique.

Cela n’influence pas le chef libéral, qui ne change pas de direction. En février et encore cette semaine, Justin Trudeau a gardé le cap. Pour lui, limiter le droit au port du niqab brime les libertés individuelles. Il ajoute même que cela réduit la protection essentielle des minorités à travers le pays.

La position du chef du NPD est moins tranchée. Il renvoie la balle aux tribunaux. Pourtant, en février dernier, au moment où la Cour fédérale invalidait le règlement émis par Jason Kenney, Thomas Mulcair et Justin Trudeau étaient tous deux d’accord avec le jugement.

Remettre la décision entre les mains des juges est en réalité une façon d’abdiquer son pouvoir de légiférer. Il appartient au Parlement de déterminer les directions législatives. D’ailleurs, dans le cadre de ses derniers jugements, la Cour suprême s’est bien gardée de remplacer le législateur. Dans les dossiers de la prostitution ou de l’aide médicale à mourir, elle a plutôt renvoyé les élus faire leurs devoirs.

Contrairement au dossier Duffy, cette fois le gouvernement Harper est avantagé par une décision de la Cour. Non seulement a-t-il bien saisi l’opinion publique dès le départ, mais il a prévu le coup. En juin dernier, il a déposé un projet de loi C-75 sur le serment de citoyenneté, qui est mort au feuilleton. Ce projet devait passer le test de la Constitution selon le ministre d’État au Multiculturalisme, Tim Uppal. Il s’engage à le réintroduire dans les 100 premiers jours de son mandat.

Preuve qu’il s’agit d’un sujet chaud, les partis à l’Assemblée nationale n’ont pas mis de temps à s’emparer du débat. Il est vrai qu’on y a déjà l’habitude de débattre du dossier des accommodements raisonnables. Et si cette fois, c’était le tour du reste du Canada de vivre un tel débat? Bref, est-ce que cet enjeu sera déterminant dans l’isoloir? Entre l’économie, l’environnement et tout le reste, les électeurs devront déterminer ce qui est essentiel, important et accessoire dans leur choix.

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