De nombreux sites internet chrétiens et conservateurs ont rapporté qu’une loi ontarienne – la loi 89 – permettrait au gouvernement «d’arracher» des enfants de la garde de leurs parents, si ceux-ni n’acceptent pas leur identité sexuelle. D’autres médias en ligne ont par la suite repris le sujet.

Le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse de l’Ontario a confirmé au Métroscope qu’il s’agit d’une fausse nouvelle.

Des médias chrétiens ont tout de suite sauté sur l’occasion pour rappeler au monde entier que le concept d’identité sexuelle et de remise en question de son genre était une création diabolique et que la nouvelle loi relevait d’une «nouvelle étape dans la mise en place du totalitarisme gay (sic) et antichrétien». Ça a le mérite de ne pas passer par quatre chemins, au moins.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le projet de loi 89 du gouvernement ontarien est une version révisée de la loi sur le soutien à l’enfance, à la jeunesse et à la famille. Pour la consulter, cliquez ici.

Tout indique que les fausses informations ont commencé à circuler à cause d’une mauvaise interprétation (surprise!) d’un ajout à la loi, qui inclut maintenant que les services fournis à l’enfant doivent tenir compte et respecter l’identité sexuelle de l’enfant, au même titre qu’on respecterait son origine ethnique. Voici le passage en question:

«Les autres objets de la Loi sont élargis afin d’inclure ce qui suit: Reconnaître que les services fournis aux enfants et aux adolescents devraient l’être d’une manière qui respecte les différences régionales, dans la mesure du possible, et tienne compte:
(…)
de la race de l’enfant ou de l’adolescent, de son ascendance, de son lieu d’origine, de sa couleur, de son origine ethnique, de sa citoyenneté, de la diversité de sa famille, de son handicap, de sa croyance, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité sexuelle et de l’expression de son identité sexuelle (…)»

La section 74 de la loi 89 indique sous quelles conditions un enfant doit être amené en «lieu sûr» (qu’il s’agisse d’une famille d’accueil, d’un hôpital, etc.). On parle, entre autres, d’abus, de négligence ayant des conséquences sur la santé physique ou mentale de l’enfant, de sévices sexuels ou de refus d’administrer des soins à l’enfant. Mais il n’est jamais indiqué que le fait de refuser d’accepter l’identité sexuelle de son enfant est une raison valable de le retirer de sa famille.

«Contrairement à l’opinion des conservateurs sociaux, la loi 89 ne donne pas au gouvernement le pouvoir de saisir un enfant d’une famille sous le seul prétexte qu’un parent n’est pas d’accord avec l’identité sexuelle de l’enfant. Toute suggestion dans ce sens est fausse», m’a indiqué Alicia Ali, représentante de Michael Coteau, ministre des Services à l’enfance et à la jeunesse de l’Ontario, par courriel. « Ce que la loi fait, c’est renforcer les droits des enfants et des jeunes pour que leurs perspectives soient respectées.»

Elle rappelle aussi que, selon la CMHA les jeunes LGBTQ sont 14% plus à risque de se suicider et de souffrir de problèmes de consommation. Selon la même étude, 77% des jeunes trans ont considéré s’enlever la vie. 45% ont fait une tentative de suicide.

Ces mêmes médias conservateurs s’appuient aussi sur une déclaration antérieure de Michael Coteau, qui, selon ce qu’ils laissent entendre, considère le fait de ne pas reconnaître l’identité sexuelle de son enfant comme de l’abus. Tout ce qu’ils citent, c’est cette phrase:

«Je considérerais cela comme une forme de maltraitance, si un enfant s’identifie d’une manière et que son gardien lui dit « non, tu dois faire ça différemment ». Un enfant peut être retiré de cet environnement et placé sous protection.»

Sauf que quand sa citation est utilisée, les auteurs omettent plus souvent qu’autrement le reste de la première phrase: «Si c’est de l’abus, et si ça entre dans la définition [de ce qu’est de l’abus]».

La phrase complète, tirée d’une entrevue avec QP Briefing, se lit donc comme suit: «Je considérerais cela comme une forme de maltraitance, si un enfant s’identifie d’une manière et que son gardien lui dit « non, tu dois faire ça différemment ». Si il y a de l’abus, et si ça entre dans la définition [de ce qu’est de l’abus], un enfant peut être retiré de cet environnement et placé sous protection.»

Le ministre Coteau n’a jamais dit que ne pas reconnaître l’identité sexuelle d’un enfant était de l’abus. Point.

«Des actes de négligences, des risques de blessures, ce qui inclut les formes physiques et émotives d’abus, restent les éléments-clés derrière toute décision d’enlever un enfant à sa famille», réitère Alicia Ali.

Le contexte, ça change tout, les amis.

Pour terminer, j’aimerais rappeler à tout lecteur qui se sent concerné par le sujet de ma chronique, que les ressources suivantes sont disponibles en tout temps pour vous écouter:

  • Aide aux trans du Québec:1-855-909-9038 poste 1
  • Tel Jeune: 1-800-263-2266 ou par texto au 514-600-1002
  • Centres de prévention du suicide de votre région: 1 866 277 3553

Soyez vigilants!

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