De nombreux médias rapportent que des chercheurs chinois ont pu déterminer la région du cerveau qui pourrait activer le rôle du mâle alpha chez les animaux, et peut-être même chez l’humain.

Du moins, c’est ce qu’on en comprend avec leur titre et leur résumé de l’étude en question: «Le secret du mâle alpha révélé», «Des scientifiques découvrent un interrupteur neurologique pour devenir un mâle alpha», «Une activité du cerveau aide à créer le mâle alpha», etc.

Ces beaux titres sont accompagnés de belles images de loups qui montrent les crocs, de lions qui rugissent ou même de singes imposants. Tellement mâle.

…On ne se douterait jamais que l’étude a été menée sur des souris.

Et, surtout, on ne se douterait pas que les mots «mâle alpha» ou même juste «alpha» ne sont jamais mentionnés dans l’étude. JAMAIS.

Petit résumé de l’étude en question
Le scientifique chinois Tingting Zhou et son équipe ont placé deux souris mâles face à face dans un tube pour tester la dominance d’une des souris sur l’autre (la «soumise» se laisserait donc pousser pour que la «dominante» puisse avancer). Ils ont ainsi pu observer quel groupe de neurones était utilisé lors de l’interaction. Les chercheurs ont répété l’expérience, cette fois-ci en stimulant la région du cerveau en question chez la souris «soumise». 90% du temps, la souris «soumise» a instantanément démontré un comportement dominant et, selon les conclusions de l’étude, a ainsi pu obtenir un rang social plus élevé. Les souris stimulées auraient maintenu leur comportement dominant la journée suivante et, dans la majeure partie des cas, maintenu leur rang social.

Vous pouvez lire l’étude ici.

Bien que les scientifiques ne parlent jamais de mâle alpha, les médias se sont empressés d’associer le terme avec leur découverte.

Autre mini mini détail: la théorie du mâle alpha a été démentie il y a des années.

La «découverte» du mâle alpha s’est faite en 1947, en observant le comportement des loups en meute. Mais en 1999 vient un commentaire choc de la part de Lucyan David Mech, le zoologiste qui a popularisé le terme (et qui a vendu des tonnes de livres sur la théorie de l’alpha): «On s’est trompés». Eh oui, les comportements observés sur les loups en captivité ne correspondaient pas à ceux observés sur les loups dans leur habitat naturel. La meute s’apparenterait beaucoup plus à une famille qu’à un règne de dominance, de terreur et d’agressivité. Et l’animal ne favoriserait pas le système hiérarchique.

(Je vous explique ça vite-vite, mais l’article du Devoir à ce sujet est vraiment intéressant et complet.)

Et donc, en associant l’étude à des photos d’animaux agressifs (parce qu’on s’entend qu’une souris, c’est pas très très imposant), les médias induisent le lecteur en erreur.

On devrait donc parler de motivation, de dominance sociale (chez les souris), mais pas de mâle alpha. Le titre de l’article paru sur le sujet dans la revue de vulgarisation Scientific American est beaucoup plus juste: Pinpointing the brain’s motivation switch (Mettre le doigt sur «l’interrupteur» de motivation du cerveau).

Plusieurs articles mentionnent le fait que la découverte pourrait avoir une incidence sur l’humain. Mais rien n’a encore été testé sur un homme (ou une femme) à date.

L’étude me semble crédible: elle est publiée dans Science, un journal reconnu, les auteurs font partie de l’assez réputée Chinese Academy of Science, et elle a été vérifiée par des pairs.

Alors pourquoi ne pas mettre un «faux» ou un «vrai» catégorique?

Parce que la «fausse nouvelle» se trouve dans l’interprétation des médias qui, en tentant de vulgariser une étude scientifique, ont fini par véhiculer une théorie démentie depuis longtemps. Déjà que la culture populaire a un penchant pour le personnage du mâle alpha, si les médias s’en mêlent, on n’arrivera jamais à se débarrasser de l’idée.

Soyez vigilants!


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