Note: cet article n’a pas été écrit pour prouver que la margarine est bonne pour la santé. Il s’agit seulement de présenter les faits tels qu’ils sont. 

«Article trouvé sur internet» est sans aucun doute la source la plus citée de l’histoire de la désinformation. Et, lorsqu’une opinion est contre-vérifée et que ledit article est démenti, «chacun a droit à son opinion» est probablement l’argument le plus utilisé pour se défendre.

Ça marche pas de même, gang.

Nous en avons ici l’exemple parfait:

(Je coupe une partie du texte, parce que je vous respecte et je ne veux pas vous imposer une telle expérience. Vous pouvez retrouver la publication complète ici.)

*Long paragraphe sur le fait que la margarine ne fond pas, ne pourrit pas, et n’attire pas les insectes lorsqu’elle est exposée au soleil*

Chère Maman Coach et Foodies,

Je me doute bien que vous aspirez à inculquer des leçons sur la santé et le bien être à vos quelques centaines d’abonnés Facebook.

Mais, malheureusement, ce n’est pas parce que quelque chose se trouve sur internet et, surtout, ce n’est pas parce que les blogues totalement non-scientifiques que vous suivez affirment quelque chose, que c’est vrai.

Ce que vous appelez «de bonne guerre», n’est pas aussi inoffensif que vous le pensez. Ce n’est pas «de bonne guerre», lorsque vous partagez des mensonges pour inciter les gens à croire comme vous. Ce n’est pas «de bonne guerre» de défendre vos propos en citant de sources non-crédibles.

Partager  des «faits» sans s’assurer qu’il y un consensus d’experts sur ce que vous avancez peut être très dangereux. Aujourd’hui, c’est la margarine, mais demain, ça sera peut-être la chimiothérapie, les vaccins, la maladie mentale… Alors, permettez-moi de corriger votre «article».

«La margarine a été fabriquée à l’origine pour grossir les dindes»
Ce mythe a été démenti des dizaines de fois. Et, franchement, une recherche de DEUX SECONDES sur Google vous l’aurait indiqué.

La margarine a été inventée en 1869 à la demande de Napoléon III qui promettait une récompense à la personne qui arriverait à créer un substitut moins coûteux au beurre. C’est le pharmacien Mège-Mouriès qui a réussi à y arriver, en combinant de la graisse de bœuf, du lait et de l’eau.

«La margarine n’est qu’à une molécule d’être du plastique»
Prétendre que quelque chose est nocif puisqu’il est à «une molécule près du plastique» ne veut absolument rien dire. Plusieurs produits (nocifs, bons pour la santé, gras, sucrés, etc.) partagent des structures moléculaires similaires. Comme me l’a expliqué un ami chimiste, la position d’un atome sur une molécule fait toute la différence entre, et ceci est un exemple fictif, une molécule qui imite un arôme et une molécule toxique.

«La margarine partage 27 ingrédients avec de la peinture»
Selon une entrevue de l’Épicerie, la margarine est fabriquée à 80% d’huile et à 16% d’eau. Elle contient aussi des colorantsdu lait, du sel, du sucre, des arômes «et parfois de vitamines». Et puisqu’il faut forcer le mélange d’eau et d’huile, il faut ajouter des émulsifiants, qui permettent d’obtenir une texture homogène.

En comparant plusieurs listes d’ingrédients de margarines disponibles en épicerie, et en me fiant à une liste des ingrédients que l’on retrouve le plus souvent dans la peinture, j’ai pu constater que c’est faux (et que certaines d’entre elles ne comportaient même pas 20 ingrédients).

Les deux produits utilisent toutefois des émulsifiants (dont le carbonate de calcium), parfois de l’huile de lin et de l’eau. Notez que plusieurs combinaisons existent et qu’il ne s’agit pas d’une liste exhaustive.

Mais ça ne veut rien dire (j’ai l’impression de me répéter, mais bon, arrêtez de partager les mêmes mensonges et j’arrêterai de radoter comme une matante trop saoule à Noël).

J’ai écris un article à ce sujet il y a quelques semaines. Il explique pourquoi la présence d’ingrédients similaires dans deux produits complètement différents ne devrait pas vous inquiéter. J’avais alors pris l’exemple du bicarbonate de soude:

«Le bicarbonate de soude est aussi utilisé dans des produits toxiques. On l’utilise dans les solutions qui servent à éteindre les feux, dans des produits pour nettoyer les objets fabriqués en argent et dans des nettoyeurs industriels. Mais je suis prête à gager que vous en utilisez aussi dans votre recette de biscuits aux pépites de chocolat préférée.»

 

La margarine «diminue la qualité du lait maternel»
Le guide alimentaire canadien recommande aux femmes qui allaitent de consommer un peu de matières grasses quotidiennement. Il inclut la margarine dans les choix disponibles.

En ce qui concerne cette étude de Harvard, citée dans le texte
L’auteur du texte n’a gardé que les parties qui lui plaisaient. Cela inclut tout ce qui touche au fait que la margarine augmente le mauvais cholestérol et les risques de problèmes cardiaques. La Harvard Medical School a publié un texte sur la bataille beurre vs. margarine. Et c’est écrit noir sur blanc: «[cet enjeu] n’en est pas un». Il existe de bonnes margarines et de mauvaises margarines. Et devinez quoi: le beurre augmente le taux de mauvais cholestérol, lui aussi.

Et avant qu’on vienne me dire que mon texte a été commandé par «l’industrie de la margarine», je peux vous garantir que – comme c’est le cas pour tout ce que j’écris – tous ces faits sont vérifiables.»

Alors on prend une grande respiration et on répète après moi: «Je vérifie mes sources et je ne partage pas automatiquement tout ce que je trouve sur internet juste parce que ça va dans le même sens que mes principes et mes valeurs».

Et aussi: «J’ai le droit de préférer le goût/les bienfaits du beurre sans trouver des articles bidon pour que mes amis-Facebook-mangeurs-de-margarine se sentent mal d’avoir consommé un produit-tueur-ou-gaveur-de-dindes».

En écrivant cet article, j’ai découvert qu’il y avait une vraie guerre beurre vs. margarine. Dépensez donc votre énergie sur autre chose. Je propose: la peinture à numéro et les casses-têtes 3D des châteaux des princesses de Disney.

Soyez vigilants!


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